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Cavour au U' Cerise, 28 mars

i. Arliclcs de Cavour dans le Hisori/imento. i7, 31 mars 1848.

3. Cavour k l'ielro Gioja. membre du gouvernemeiil provisoire de Plaisance, 31 mars 1848.

laie et tentaient d'envahir le Trentin; en tout 85.000 hommes environ, et de plus les Vénitiens insurgés et l'armée napolitaine encore en marche*; sans doute, c'étaient là des troupes inexpérimentées, sans cohésion : mais bien menées, par des chefs à l'œil audacieux, surexcitées par l'enthousiasme national, elles devaient aller au feu con furia.

L'armée autrichienne n'était guère que de 50.000 hommes, qu'auraient pu décourager les journées de Milan, la révolution en Allemagne, l'isolement presque complet de l'empire autrichien. Mais cette armée avait trouvé un refuge dans le puissant quadrilatère formé par les places de Vérone, Peschiera, Mantoue et Legnano, et bien en mains de ses officiers, disciplinée, recevant des renforts qui se glissaient entre les corps italiens, se fortifiait chaque jour. Surtout entre les deux armées, point de comparaison dans le commandement ; Charles-Albert prétendait conduire son armée, n'ayant idée de la direction du combat ; son chef d'état-major, Salasco, obéissait au « Roi », sans sourciller; des généraux, pas un qui eût mené un régiment à l'ennemi, un seul capable, le plus jeune, duc de Gênes. A la tête des Autrichiens, un maréchal de quatre-vingt-deux ans, Radetzki^, énergique, tenace, de sang -froid, d'œil prompt, instruit à l'expérience des guerres napoléoniennes, conseillé par un chef d'état-major de premier ordre, Hess, entouré de lieutenants vigoureux, confiants dans leur chef. A vaillance égale des troupes, ne répondait qu'une désolante inégalité de valeur dans le commandement des deux armées.

Charles-Albert était parti de Turin le 26 mars, avançant à

1. Ces chiffres d'après Orsi, L'Italie moderne, p. 163-164. mais nous avons réduit le chiffre des Romains qu'Orsi porte à 17.000.

2. Sur le rôle de Radetzki en Lombardie et spécialement en 1848-49: Masi. NelV Ollocento, p. 175 et suiv.,à propos du livre de Luzio, Radetzky, schizzo bioqrafico.

petites journées et le 31 mars, au moment de franchir la frontière de ses Etats, il avait lancé une proclamation aux « Italiens de la Lombardie, de la Vénétie, de Plaisance et de Reggio »; très désireux de ménager les susceptibilités de chacun, il protestait qu'il « venait ne se souciant pas de stipuler préalablement aucune condition, mais seulement pour achever la grande œuvre si heureusement commencée par leur admirable vaillance ». Et annonçant aux timorés qu'ils auraient « la sécurité nécessaire pour régler avec calme leur régime intérieur », à Pie IX, que « son esprit angélique planerait sur l'ItaUe », à tous qu'ils ne se décideraient qu' « en toute indépendance et toute sécurité », il semblait s'excuser de la liberté prise par lui de faire l'Italie.

A ce moment un Bonaparte, un Foch, eût forcé la victoire : tout semblait l'offrir et les bruits les plus favorables circulaient : à Brescia un général et cinquante-deux officiers s'étaient rendus aux insurgés ; Radetzki pensait h reculer jusqu'au Tyrol; et le marquis Costa écrivait que « Charles- Albert pouvait assurément jalouser ces trompettes qui si facilement faisaient tomber les murs de Jéricho » .

La marche des troupes sardes fut d'abord facile, leurs adversaires ayant abandonné, avec Milan, toute la partie occidentale de la Lombardie : l'avance fut triomphale sur une centaine de kilomètres. Cherchant un peu à l'aventure où se trouvait l'ennemi, l'armée piémontaise en heurta brusquement l'avant-garde le 10 avril îi Goïto, petite ville située sur le Mincio, à une quarantaine de kilomètres au sud-ouest de Vérone; pendant près de quatre mois les adversaires demeureront en contact dans cette plaine lombarde, bien irriguée, fertile, fermée au iS'ord par les collines (jui viennent mourir sur le lac de Garde, au Sud et i\ l'Est par le cours du Pô et do l'Adige, — où depuis d(!S siècles se sont choqués les soldats

latins et germains. La journée fut favorable aux Piémoniais qui bousculèrent les Tyroliens, passèrent le fleuve, s'installèrent fortement sur la rive gauche. Mais au lieu de pousser vivement, pour couper en deux le quadrilatère, et par suite l'armée autrichienne, Charles- Albert attendit les Toscans d'abord, les Parmesans ensuite, avança lentement ses troupes vers le Nord, non sans quelques succès locaux, à Pacengo, à Cola, et finalement engagea le siège de Peschiera, à la vieille mode, avec sapes et redans, comme « s'il avait bien le temps».

Il n'en fallait pas plus pour susciter « à Milan comme à Turin la plus folle et la plus dangereuse confiance », et, parce que le général Durando arrivait sur le Pô avec les Romains, que le général Pepe venait à la rescousse avec les Napolitains, que Manin, dictateur de Venise, y organisait fortement la défense, que des bateaux sardes croisaient dans l'Adriatique, on en concluait que « l'Autriche n'était plus qu'un fantôme et l'armée de Radetzki qu'une ombre ^ ».

Pendant qu'ainsi s'engageait la guerre avec une solennelle lenteur, le royaume sarde s'organisait dans sa nouvelle demeure constitutionnelle; car le Statuto n'avait été publié que le 5 mars, la loi électorale le lendemain, et Charles-Albert avait confié la lieutenance générale du royaume à son cousin, le prince Eugène de Carignan, avant même la réunion des électeurs et du Parlement. Au début d'avril, la situation était calme d'ailleurs dans la campagne piémontaise, plus nerveuse dans les villes, et Cavour, ancien lieutenant du génie, promu

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