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aller encore une fois au tourment révolutionnaire et de rêver la conquête de la Lombardie. L'Empereur, ajoutait-il, était résolu, si une rupture avait lieu, à mener la guerre avec encore plus de vigueur qu'à Novare et à pousser aussi loin que possible le succès qu'il comptait remporter, fort qu'il était de son bon droit. 11 ne s'inquiétait que d'une chose : c'était, le cas échéant, la conduite que tiendrait le gouvernement de la République. « Le Roi et le gouvernement sarde, précisa-t-il, battus à la suite d'une troisième agression contre l'Autriche, pouvaient-ils espérer encore une fois de se mettre à l'abri derrière la médiation de la France ? » La question était nette; et comme l'ambassadeur répondait par des phrases sagement dilatoires, le prince l'interrompit en disant que « c'était là une politique qui avait fait son temps; qu'il ne s'agissait plus aujourd'hui de lutter d'influence, de faire assaut de jalousie, mais bien de s'entendre pour combattre l'ennemi commun ».
Le prince Louis-Napoléon et son ministre des Affaires étrangères, M. de Turgot, ne s'y méprirent point. Les appréhensions du prince de Schvvarzenberg n'étaient point sincères, « mais un moyen habilement employé pour découvrir si les événements récents n'auraient pas altéré nos dispositions à l'égard du Piémont et si nous ne ferions pas difficulté d'intervenir plus que nous ne l'avons fait par le passé pour comprimer les tendances de sa politique et arrêter le développement de son influence en Italie^ ». Le gouvernement français agit avec franchise ; il fit savoir au cabinet autrichien combien « il attachait d'importance à la conservation d'une politique qui assurât aux Etats italiens et au Piémont une indépendance véritable, cette indépendance même devant leur
1. M. de Turgot à M. de Bulenval, 26 décembre 1851, n" 24. Archives des Affaires étrangères, Sardaigne, t. CGCXXIX, f» 303.
donner la force d'approprier leurs institutions aux mœurs et aux besoins actuels de la population » . Le prince de Schw^arzenberg était fixé et le gouvernement sarde ne l'était pas moins, car, en envoyant copie à son ministre en Sardaigne de la dépêche de M. de La Cour, M. de Turgot lui écrivait : « Si le cabinet sarde concevait quelque appréhension, si l'irritation que le prince de Schwarzenberg a manifestée récemment lui paraissait un symptôme alarmant pour lui, nous agirions sans aucun doute à Vienne de manière à arrêter les conséquences de ce mauvais vouloir. Mais, ajoutait-il (et c'était la contrepartie du bienveillant appui de la France), il est nécessaire que, de son côté, le cabinet piémontais reconnaisse à quelles conditions il est appelé à continuer la politique qui lui assure un rang si élevé dans le mouvement général des intérêts européens* ».
M. de Butenval s'empressa de donner connaissance à M. d'Azeglio « dans le secret du tête à tête », non des termes mêmes de ces trois dépêches, mais de leur contenu, ajoutant que « le cabinet piémontais, tant qu'il se placerait, tant qu'il demeurerait dans le sage exercice des libertés garanties par le Statuto et dans le respect inviolable des traités existants, pouvait se lenir assuré de notre cordial appui" ». M. d'Azeglio avait une justification facile à fournir: depuis quelques mois, un seul incident s'était produit dans les relations des cours autrichienne et sarde, la signature d'un traité de commerce; il donria donc, et à juste titre, les assurances les plus pacifiques. 11 n'en demeurait pas moins certain pour lui qu'afin de se garer de son voisin oriental, il devait être en fort bons termes avec son voisin de l'ouest.
1. M. de TiirpTol .'i M. de Butenval. mc'me date, n» 23, f» 300.