‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 122 sur 247 · M. de Bulcnval à M. de Turgot, 30 décembre · texte numérisé non relu

M. de Bulcnval à M. de Turgot, 30 décembre

En ce début de 1852, où tous les princes étaient acquis à la réaction, où le libéral Piémont était contraint lui-même à rendre plus sévères ses lois de répression, un petit esprit eût dissimulé ses opinions libérales et se fût rapproché des conservateurs pour se mettre au ton du jour. — C'est le moment même où Cavour se tourne vers les radicaux modérés et passe avec eux un contrat de mariage politique — le connubio — qui, loyalement observé par tous, sera une des forces de sa carrière. Nul paradoxe dans ce geste ; mais l'action résolue d'un homme que n'arrêtent point les difficultés de l'heure ; c'est, d'ailleurs, le résultat d'une lente évolution ; depuis qu'il est député, Cavour s'est peu à peu détaché de ses amis de la droite, car leurs idées lui semblent négatives de tout progrès ; avec eux, point de réformes possibles dans le royaume, point de rénovation en Italie ; il n'a plus foi ni dans les projets^ « fort beaux sur le papier », du comte Balbo, ni dans les plans qu'esquissait Gioberti dans le Primato\ et, en cette apostasie, il ne fait qu'imiter Gioberti lui-même qui vient de dicter aux Italiens les lois de leur Renouvellement^ , singulièrement plus fortes que celles de leur Primauté ; pour le ministre comme pour l'exilé, l'Italie nouvelle ne se fera que par une action énergique et continue.

Depuis la discussion des lois Siccardi, depuis surtout qu'il est ministre, Cavour a compris l'antinomie de la monarchie sarde et du Saint-Siège, représentants de deux esprits, rivaux inévitables et irréconciliables. Le coup d'État lui a montré en

1. Supra, t. 1, p. 243 et p. 240. La meilleure édition est celle de F. Nicolini, dans la collection Scritlori d'Italia, Bari, 191:J.

2. Gioberti, Rinnovamento civile d'Italia, Parigi, 48bl, 2 vol.

exemple vivant ce que devient une nation où les deux pouvoirs, exécutif et législatif, entrent en conflit : les libertés en meurent. Résolument, il abandonne les plus conservateurs de ses amis et se rapproche des plus modérés de ses adversaires. « Je n'aurais pas demandé mieux, disait-il quelques mois plus lard à un confident \ que de gouverner par le centre droit, et, avec son concours, de développer nos instilutions ; mais il m'a été impossible de m'entendre avec lui sur les questions religieuses. Dès lors, j'ai dû renoncer à son appui. On ne peut pas gouverner sur la pointe de l'aiguille. »

A gauche, un député a suivi une même évolution, mais en sens contraire, Rattazzi. Sa vive intelligence, son sens pratique lui ont fait comprendre que les exagérations de ses amis, Brofîerio, Sinéo, ne sont bonnes qu'à enthousiasmer une foule, non à discipliner une nation ; que leur ignorance des réalités a conduit la monarchie sarde près de sa perte en avril 1849 ; et qu'ils ne feront pas la Patrie italienne avec des gestes, quelle que soit leur beauté.

Partis d'opinions très difTérentes, les deux hommes sont bien près de s'entendre ; un ami, Castelli, les réunit dans son salon à la fin de 1851 et en janvier 1852 ; avec un autre parlementaire, Bufîa, tous quatre conviennent « de préparer le terrain où pourra se faire dans la Chambre la fusion des deux centres, et, quand ce but aura été atteint, de cueillir l'occasion de quelque grave débat à la Ciiambro pour le faire publiquement connaître" ».

L'occasion fut, par une sorte d'ironie, une loi de réaction. A la fin de décembre, un ministre de Louis-Napoléon avait

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