W. (le La Rive, Le comte de Cavour, p
i. Rattaz/.i ,'i Caslrlli, mai 1870 et récit do Castelli, Il contiubio, dans Cnvour, p. 39 et suiv. ; Orsi, Cavour and tlie making of modem llaly< p. 164.
indiqué au comte Gallina, ministre de Sardaigne à Paris, que pour conserver la bienveillance du gouvernement français, le cabinet de Turin ferait bien de prouver son éloignement de toute « connivence avec les révolutionnaires » en prenant des mesures contre les réfugiés politiques ; en même temps, Walewski, ambassadeur de France à Londres, faisait pareille invitation à l'envoyé sarde, en ajoutant qu'une réforme de la presse serait également opportune*. Ces conseils avaient quelque tournure de pression. Le ministère sarde ne pouvait pas en tenir aucun compte : il résolut de « jeter du lest », en proposant aux Chambres une légère revision de la loi sur la presse.
Un projet dans ce sens traînait depuis longtemps : M. d'Azeglio annonçait au ministre de France en octobre 1850 que « la loi sur la presse était prête '" », et devant M. de Butenval le roi s'était exclamé en décembre I80O : « Ah la presse ! la presse ! un de nos fléaux ! Ces réfugiés voudraient faire les maîtres chez nous ; ils donnent le change à l'Europe sur notre compte^ ». Il n'en était pas moins pénible pour une petite mais fière nation, de modifier sa législation sous l'action de l'étranger ; le Piémont avait résisté aux menaces de TAutriche, il ne le pouvait à la pression du cabinet français, son seul appui, et qui venait de lui en manifester l'efficacité. M. d'Azeglio et Cavour résolurent donc de proposer une réforme, mais en la réduisant à la moindre étendue.
De fait, le projet comportait simplement que le procureur du roi ne serait point tenu d'exhiber la plainte de la partie lésée, et il attribuait aux tribunaux ordinaires la connaissance
1. Gallina au Président du Conseil à Turin, 28 décembre 1831 ; Oldoini au même, 23 décembre 1831. La démarche ne semble pas avoir été faite •directement à Turin par le ministre de France.
2. Ferdinand Barrot au ministre des Affaires étrangères, 9 octobre 1830. .^. M. de Butenval au général de la Hitte, 25 décembre 1850.
des procès pour injures contre les chefs des gouvernements étrangers, qui avaient été jusqu'alors de la compétence des jurys. La commission de la Chambre trouvait le projet insuffisant, demandant au gouvernement de déposer un texte d'ensemble sur la répression des délits commis par la voie des journaux.
Gavour était depuis longtemps favorable à la liberté de la presse; cette institution rentrait dans son concept politique; il avait tressailli d'enthousiasme lorsqu'en novembre 1847, Charles-Albert avait permis aux journaux de manifester quelque indépendance et le Risorgimento avait été sa première arme de combat politique ; en évoluant vers la gauche, il n'avait point, naturellement, modifié son opinion, et, déclarat-il plus tard, «en 1852, pendant que le vent soufflait à la réaction en Europe, il pensait dangereux de céder à ce courant et de modifier en quoi que ce soit nos lois organiques dans le sens restrictif ». Néanmoins il reconnaissait qu'il était politiquement inévitable de faire quelque concession aux demandes du gouvernement français. Il était donc décidé à défendre le projet de loi, mais sans rien accorder davantage.
La discussion s'engagea le 5 février 1852, devant la Chambre des grands jours. M. d'Azcglio, tout souffrant qu'il fût, se fit porter sur son banc, le sourire crispé par la douleur. Les orateurs de droite foncèrent sur la liberté de la presse, auteur de tout le mal ; le chef du groupe, Menabrea, conduisait leur cohorte, reprochant î\ Cavour de « faire voile vers d'autres rives parlementaires » , d' « aborder à d'autres rivages » , ajoutant : « Je ne l'y suivrai pas ». Pendant que le Président du Conseil prononçait un discours élégant, assez indécis, Cavour assis au banc des ministres, agitait son couteau à