Arlom et Blunc, Œuvre parlementaire de Cavour, p
papier comme pour appuyer son chef; quelques opposants répliquèrent à M. d'Azeglio; brusquement Cavour demanda la parole ; son discours, un peu confus, avait un double dessein, poser nettement la question de confiance, et profiter de l'occasion pour faire la manifestation convenue avec Rattazzi. Cest par celle-ci qu'il commença sous une forme discrète et comme improvisée. « Selon ma ferme conviction, les inconvénients de la liberté de la presse, dans des temps qui n'ont rien d'anormal, ne peuvent exiger réellement des mesures de répression extraordinaires. [Marques d'adhésion.) 11 n'est donc point à propos de changer radicalement la loi ; et si une proposition restrictive est faite, nous la combattrons énergiquement. [Très bien.) Cette déclaration pourra être jugée imprudente ; car après l'avoir faite, le ministère doit s'attendre à perdre l'appui de l'honorable Menabrea et de ses amis politiques. [Mouvement ) Mais le ministère a déclaré dès le début de cette discussion que, dans une circonstance aussi grave que celle où nous sommes, il est du devoir des hommes politiques de manifester franchement leurs vues, de révéler sans détour au Parlement et à la nation le but qu'ils poursuivent, la conduite qu'ils veulent tenir. Pénétré du sentiment de ce devoir, je supprime toute réserve à ce sujet, au risque de me priver de l'aide puissante des députés dont je viens de parler et de m'attirer leur hostilité. Je m'y résigne. » Et après un examen, un peu long, du projet de loi, il conclut par ces mots : « Nous attendons avec confiance votre suffrage : s'il est favorable, l'avenir dissipera les derniers nuages qui pourraient être restés dans vos esprits; si vous nous êtes contraires, nous quitterons cette place en faisant des vœux ardents pour que votre détermination ne soit pas funeste, je ne dis pas aux principes conservateurs, qui ne sont pas menacés, mais à ces principes d'indépendance et de liberté
que personne ne défend avec plus d'ardeur et de sincérité que nous ».
Voilà, dites avec simplicité mais netteté, les paroles décisives et convenues : entre l'appui de la droite et la défense des libertés menacées, Cavour n'hésite pas, il préfère abandonner ses amis politiques plutôt que de sacrifier ses opinions . Et Rattazzi a souligné cette attitude par avance, en déclarant qu'il jugeait nécessaire d'appuyer le gouvernement, qui jouissait de la confiance de la majorité dans le pays. Les inconvénients du projet disparaissaient devant l'importance de ces déclarations *.
Elles étaient inattendues ', et leur retentissement fut considérable : l'extrême gauche restait réservée, Brofîerio et Sineo voyant qu'ils perdaient Rattazzi sans gagner Cavour ; les centres étaient dans la joie et la droite dans l'indignation ; non seulement les vieux codini, hommes d'ancien régime, mais aussi les constitutionnels trouvaient que ce jeune ministre allait vite et loin', qui bouleversait la politique à son gré ; leur chef, Revel, disait que Cavour en môme temps qu'un divorce avec un côté de la Chambre, avait fait un mariage [conmibio avec un autre parti*.
Le Président du Conseil, Azeglio, n'était pas content : il avait déjà eu quelques difficultés avec son pétulant collaborateur, celle fois il se voyait joué. « Figurez-vous, écrivaitil deux mois après, que mon cher collègue, sans dire gare, avait arrangé l'affaire sous main avec Rattarzi et quil avait fait son speech, qui engageait si fort le ministère sans m'en