‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 127 sur 247 · M. d'JizegVu} a <ja!lina, ministre de Sardaigoe k Paris · texte numérisé non relu

M. d'JizegVu} a <ja!lina, ministre de Sardaigoe k Paris

LES DEBUTS DUH M^ISTRE itl

avec la France et qui soulevait de véhémentes protestations en Savoie, sur toutes choses les adversaires du cabinet foncèrent à coups de statistiques et d'habiles rapprochements économiques; M. Menabrea, qui avait une revanche à prendre, se montra si pressant que Cavour dut prononcer, aux séances des 8 et 9 avril, un discours hérissé de chiffires, d'arguments sur chaque paragraphe, d'appels à la nécessité de donner par le libre échange essor au commerce et à l'industrie en Piémont, comme l'avadt obtenu sir Robert Peel en Angleterre par le corn-bill; et ses dernières paroles sur l'utilité politique d'un rapprochement entre le royaume et la France, raUièrent la majorité de la Chambre : le traité fut voté par 68 voix contre 23 .

Ainsi la session pariementaire s'engageait favorablement. A l'extérieur, la situation du Piémont semblait s'améliorer par la disparition de son redoutable adversedre : la mort subite du prince de Schwarzenberg « faisait sensation » à Turin*. On pouvait espérer le retour à des temps calmes. La tempête était proche : la mort du Président de la Chambre allait la déchaîner 1^23 avril).

Le remplacement de M. Pinelli posait, en effet, une très grave question; le nouveau groupement, inspiré par Cavour, chercherait-il à imposer son candidat ? son succès lors de l'élection du second vice-président permettait de prévoir qu'il ne manquerait point cette occasion d'affirmer définitivement son autorité ; on sut de suite que Rattazzise portait candidat ; mais, en cette occurrence, quelle serait l'attitude et de la couronne

1. M. de Guitaut au ministre des Affaires étrangères, 8 avril lS5i.

et du cabinet ? La conduite du roi était indiquée par la Constitution elle-même : Victor-Emmanuel fit entendre que cette élection dépendait uniquement de la prérogative de la Chambre, et que lui-môme, tout en désirant être tenu au courant des candidatures, laisserait à ses ministres toute liberté de s'entendre avec leurs amis poli tiques\ Le cabinet ne pouvait imiter un pareil détachement : l'élection du Président de la Chambre prenait un caractère politique, il accentuerait le mouvement de la majorité vers la gauche si Rattazzi était élu, un retour à la droite s'il était battu ; et de ceci le cabinet ne pouvait ni ne devait se désintéresser; « il s'agissait de savoir si le ministère et sa politique s'en allaient à la dérive », a écrit son président quelques jours plus tard ^. 11 réunit donc ses collègues en conseil le 7 mai, et tous perçurent rapidement que le ministère n'était « plus homogène », la question fut « mise sur le tapis », — c'était le langage du temps. M. d'Azeglio et la plupart des ministres désiraient recommander un membre du parti conservateur; Cavour et Farini tenaient ferme à l'élection de Rattazzi. On reprit, semble-t-il, la discussion le lendemain, nul des deux groupements ne parvint à convaincre l'autre, et, faute de s'entendre, on décida que le cabinet n'aurait point son candidat et laisserait à chacun de ses membres le soin de voter individuellement pour qui lui conviendrait.

Les ministres ayant ainsi leur liberté, chacun s'empressa d'en user, Cavour et Farini travaillant en faveur de Rattazzi, d'Azeglio et Galvagno (qui représentait la droite au cabinet) pressant en faveur deBoncompagni, candidat du parti conservateur; à la dernière heure, certainement sur les indications du Président du Conseil, le roi lui-même faisait dire par son premier aide de camp, à deux députés, Lisio et Castelli, d'em-

\. Massari, Vitloi'io Emanuele 11. p. 1.34. 2. M. d'Azeglio .'i K. Rendu, 24 mai 1852.

pêcher l'élection de RattazziS démarche tardive et imprudente.

Le 11 mai, la lutte fut vive au Palais Carignan ; au troisième tour, Rattazzi passa par 74 voix contre 52, et l'ardeur de la gauche était telle, que Tecchio, son candidat, faillit l'emporter pour la vice-présidence. Boncompagni ne reçut cette fiche de consolation qu'au second tour de scrutin.

Massimo d'Azeglio n'assistait pas au vote, retenu au lit par sa blessure; en apprenant l'élection de Rattazzi, il se sentit « souffleté » — l'expression est de lui-même — par ses collaborateurs Cavour et Farini. Il n'hésita pas : immédiatement, il écrivit au roi que, « forcé de garder trop souvent et la chambre et le lit, il était dans l'impossibilité de se défendre contre l'intrigue, et qu'il lui remettait sa démission^ ». Galvagno, qui se solidarisait avec son Président, annonçait également sa retraite.

L'émoi fut vif à Turin : si l'extrême gauche exultait de sa victoire, le centre gauche en était presque embarrassé; Rattazzi écrivait au roi une lettre très déférente pour lui expliquer dans quelles conditions il prenait la Présidence de la Chambre. La droite était indignée ; M . d'Azeglio était fort sympathique, sa famille avait grande influence et le marquis, son frère, hurlait moins contre Rattazzi que contre Cavour, « sa conduite ambiguë, sa légèreté, ses boutades^ »; « les réacs étaient aux anges », espérant un de ces imbroglios où peut se préparer une contre-révolution. Les diplomates étaient inquiets de l'avenir. Et tous les regards se tournaient vers le roi.

Victor-Emmanuel était parti à la chasse en son domaine de Raconigi le jour même de l'élection ; il dut en revenir en

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