‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 128 sur 247 · Marquise d'Azeglio à son fils, 15 mai · texte numérisé non relu

Marquise d'Azeglio à son fils, 15 mai

Cavour. — ii. 14

apprenant la dislocation de son ministère, et, en franc bourru qui n'aime pas dissimuler ses impressions, il était d'une exécrable humeur. Très monté contre Cavour\ il ne le lui dissimula point : quelques jours après, comme Camille voulait justifier le connubio avec la gauche, il l'interrompit brusquement par ces mots : « Monsieur le comte, vous avez 150 mille livres de rente et quoiqu'il arrive, cela vous est égal ; mais sachez que moi je ne veux pas finir où est allé finir mon père^. » Sa colère n'était pas moins vive contre Rattazzi : on raconte que celui-ci, redoutant que sa carrière en fût compromise, lui proposa de se retirer. « 11 n'y a pas à revenir sur votre élection, monsieur, — aurait répondu le roi ; la Chambre est maîtresse chez elle et fait ce qui lui convient : je n'ai point à m'en mêler ; c'est une règle posée par la Constitution, je la suis et je l'observe... D'ailleurs, aurait-il ajouté, votre démission vient trop tard, l'accepter aujourd'hui serait une lâcheté..., et le gouvernement n'en fera pas tant que je serai sur le trône'. » Dès son retour, il avait déclaré à Massimo d'Azeglio qu'il refusait de se séparer de lui*.

Cavour n'avait qu'à se retirer, il le fit de bonne humeur, en homme sûr de revenir*. D'après ce qu'il raconta lui-même au ministre de France, il dit au Président du Conseil : « On me croit, au dehors, à tort ou à raison plus ardent que toi, plus engagé par mes amitiés ou mon tempérament dans les voies libérales ; un cabinet présidé par moi exciterait les soupçons préalables de l'Europe, c'est à moi de sortir, c'est à toi de

\. Cavour à Castelli, 29 juillet 1852.

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