‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 136 sur 247 · Cavour à Caslelli, 10 septembre 18o · texte numérisé non relu

Cavour à Caslelli, 10 septembre 18o

^^. Cavour à Caslelli, 4 septembre 1852; à Farini, septembre 1852.

importance de gagner la bienveillance du futur empereur et de son entourage.

M. Drouyn de Lhuys venait de reprendre le ministère des Affaires étrangères : Cavour n'ignorait point que ce sage diplomate était conservateur, catholique, porté jadis à l'entente avec r Autriche : il fallait donc user avec lui tout ensemble de finesse et de franchise. Dans leur entretien avec le ministre, les deux Italiens ne s'engagèrent point, semble-t-il, à fond, exposant la situation douloureuse de la péninsule, les espérances qu'elle fondait sur l'appui de la France. M. Drouyn de J^ Lhuys leur parla le langage de la saine raison. « J'ai profité du séjour de M. de Cavour à Paris, écrivit-il à son délégué auprès de la cour sarde ^, pour le bien pénétrer de nos intentions... Notre politique n'est ni réactionnaire, ni révolutionnaire en Piémont, elle est tout simplement prévoyante et raisonnable, nous devons répudier les excès qu'une énergique volonté a réprimés chez nous, mais nous ne songeons nullement à nous élever contre les modifications qui se sont opérées dans le régime intérieur de la Sardaigne. » C'était quelque chose, mais, pour les deux Italiens, ce n'était point fc^ suffisant.

^H Us demandèrent, par l'entremise du ministre, une audience ^H du Prince-Président ; de Cavour, Louis-Napoléon n'avait guère ^H à apprendre, tant le gentilhomme sarde était connu à Paris; ^B d'ailleurs M""' Villenave-Waldor, cette vieille amie des précé- ^H dents voyages, était une des premières admiratrices du prince ^H et avait appelé son attention sur le jeune homme d'État''. Le ^B Président invita donc les deux voyageurs à dîner et les reçut

1. M. Drouyn de Lhuys à M. de Butenval, 12 septembre 1852. Archives des Affaires étrangères.

2. Ruffini, Camillo di Cavour e Melanie Waldor, p. 59 et 163; A. Luzio, Garibaldi, Cavour, Verdi, p. 258.

plus tard en audience particulière. Cavour et Rattazzi lui tinrent « un langage plein de franchise », Louis-Napoléon leur répondit « avec une amabilité parfaite », et dans un style « qui ne ressemblait nullement à celui que Butenval faisait résonner aux oreilles d'Azeglio » ; il leur parla « avec un grand sens des affaires d'Italie^ », mais se garda de prendre aucun engagement; il se préparait à partir pour la tournée de France doù sortit la proclamation de l'Empire, il ne voulait point mécontenter le parti clérical dont il avait besoin ; en telle occurrence, son empressement à accueillir à sa table les deux Piémontais, quoique adversaires du Saint-Siège, était significative et Cavour en concluait que les conversations seraient plus confiantes et fécondes lorsque Napoléon serait empereur. Rattazzi avait plu au prince, et, au premier abord, plus que Cavour qui semblait « inélégant » ; Louis-Napoléon n'avait entendu parler du Président de la Chambre sarde que comme d'un farouche démagogue; sa tenue correcte, son langage châtié, une certaine froideur même l'avaient attiré. « Je suis charmé d'avoir connu M. Rattazzi, disait-il à Fould; un quart d'heure de conversation a suffi pour détruire l'opinion erronée qu'on m'avait fait concevoir de lui : on m'avait dit que c'était une tête exaltée ; je l'ai trouvé très raisonnable'. »

Cavour se présentait à tous les membres de la famille Bonaparte: l'accueilfutparticuhèrement aimable du roi Jérôme, qui avait connu la famille Cavour % et du prince Napoléon son fils*, « jeune homme de grande intelligence et de bons sentiments. . . , qui aime sincèrement l'Italie et sympathise à ses

i. Cavour à La Marmora, 2 septembre; à Castelli, lOseptembre 1852.

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