Louis Doubet au marquis Capponi, 3 octobre
il se rendait chez Bixio, chaud républicain, ou chez le noble Manin qui traînait son exil à Paris, ou dans le modeste appartement, rue de Parme, où Gioberti suivait ses rêves d'Italie ressuscitée. « Je lui ai exprimé, écrivait celui-ci à Massari le 10 octobre \ mon vif et sincère désir qu'il fût appelé au pouvoir, comme le seul homme capable de réveiller et mouvoir les intérêts matériels du pays. » Quelques jours après, Gioberti mourait brusquement : mais son désir suprême s'était réalisé : Cavour prenait la présidence du Conseil.
Dès septembre, ses amis désiraient qu'il revînt à Turin, car les jours du cabinet Azeglio étaient comptés ; Cavour n'était pas pressé, ne voulant point jouer au papoteur d'antichambre, bien que son heure fût proche. Enfin, vers le 10 octobre, il quitta Paris ; il n'avait plus rien à y faire, le prince voyageait, les cris des enthousiastes couvraient toutes les négociations ; Cavour avait vu ce qui lui importait et posé ses jalons ; il pouvait écrire à La Marmora ces lignes, d'un sens plus subtil que ne les soupçonnait le brave général : « Je suis certain que mon voyage n'est pas inutile à mon pays » .
Il flâna en route, s'arrêta à Genève où il retrouva son frère, le marquis Gustave, voyagea à petites journées pour arriver le 15 à Turin.
Dès son arrivée, il demanda audience du roi. A ce moment, l'aimable chevalier d' Azeglio succombait à la tâche.