‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 143 sur 247 · M. Drouyn de Lhuys à M. de Butenval, 19 octobre · texte numérisé non relu

M. Drouyn de Lhuys à M. de Butenval, 19 octobre

2. M. d'Azeglio à Eugène Rendu, novembre 1852. Correspondance politique de Massimo d'Azeglio, p. 79.

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tout et même davantage. Et puis comme il était plus vii que rancunier, il se réconcilia avec Azeglio au moment où celuici tombait; lui-même quittait Turin quelques semaines après. Ce n'était qu'un incident tragi-ridicule. Autrement tendues étaient les relations du royaume avec le Saint-Siëge : elles étaient loin de toute amélioration, et les diplomates sardes l.C'sitaient sur « les moyens de sortir de la situation embarrassante » où se trouvait à cet égard leur gouvernement. A toutes les difficultés surgies et entretenues depuis quatre années entre les cabinets de Rome et de Turin, s'ajoutait une nouvelle question, que les passions politiques avaient compliquée à plaisir, la réforme du mariage. Promis dans l'enthousiasme libéral de 1848, réclamé de vive manière parles orateurs de gauche, repoussé par ceux de droite avec horreur, le mariage civil avait fait l'objet d'un projet de loi que la Chambre avait voté à une forte majorité ; il était difficile de tenir pour révolutionnaire une institution qui existait en France depuis soixante ans, qui avait d'ailleurs été de règle en Italie au temps de l'empire français, et que les peuples les plus divers adoptaient successivement. Mais les réactionnaires de tous pays y voyaient une fille de la Révolution française, — ainsi disait Bismarck au Landtag prussien de 1849, — et les prêtres italiens la déclaraient une œuvre impie, faisant passer la loi du siècle avant la loi de Dieu. Massimo d'Azeglio avait déposé son projet pour remplir les promesses de ses prédécesseurs et répondre aux injonctions du centre gauche; or, il s'était séparé du chef de ce parti et prévoyait une vive lutte au Sénat, qu'il serait seul à soutenir. Dans ce combat, un nouvel cl grave élément intervint ; par lettre autographe, Victor-Emmanuel avait exposé au Saint-Père les raisons qui appuyaient la réforme du mariage; le 19 septembre, Pie IX répondit par une Irllrc tout ('ns(^nible sévère et affectueuse,

déclarant très net au roi qu'approuver la loi sur le mariage civil, c'était introduire dans ses Etats le « concubinage )>. Victor-Emmanuel n'était pas dévot et il avait ses raisons pour lie point l'être, n'observant pas religieusement tous les commandements de l'Eglise; mais il était d'avis « qu'il ne faut point avoir de querelle avec le clergé ». Or, évêques, curés, moines, tous s'élevaient fortement contre le mariage civil, et, le premier de tous, M^"^ Charvaz, ancien précepteur du roi, devenu archevêque de Gênes. Le souverain prit son parti, et le 21 il déclara à ses ministres que « jamais » il ne consentirait à une loi qui « ferait déplaisir au pape », qu'il était prêt à tout sacrifier à son pays, mais non sa conscience : et brusquement il leva la séance du Conseil.

Massimo d'Azeglio se décida sur l'heure : il était fatigué du pouvoir, lassé de luttersans arrêt, avec tous, ennemis ou amis ; physiquement, il avait grand besoin de repos ; avec une légitime fierté, il pouvait comparer la situation de son pays au jour de son entrée au ministère et au moment où il le quittait : le chemin parcouru mesurait l'immensité des services rendus. 11 remit sa démission au monarque, pensant avec volupté à ses pinceaux, à la paix de son atelier, aux horizons, larges et lumineux, qui s'ouvrent devant la terrasse de sa villa ligurienne. « Ouf, s'écriait-il, je quitte mon banc de quart ; à un autre ! Cet autre que vous connaissez, est d'une activité diabolique, et fort dispos de corps comme d'esprit ; et puis cela lu fait tant de plaisir \ »

Cavour avait été reçu, dès son retour, par Victor-Emmanuel au château de Stupigini, pour lui rendre compte de son voyage ; il semble qu'il n'ait point été question ce jour-là de remaniement ministériel. Le roi redoutait « l'activité diabo-

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