Cavour à E. de La Rive, 29 octobre
2. Le duc de Guiche à M. Drouyn de Lhuys, 9 juin 1853. lors de la mort de Balbo.
:;. Balbo à Cavour, 30 octobre, et Cavour à Balbo, 31 octobre 1852.
de droite accentuée ; Revel était en voyage de noces et les jours s'écoulèrent à le faire revenir. Or Cavour, qui estimait hautement la valeur de Revel et en avait tiré parti, le considérait en politique comme son adversaire ; daiUeurs, l'opinion publique s'émouvait, car elle prévoyait déjà « qu'à un ministère Balbo-Revel succéderait infailliblement, tôt ou tard, un ministère Latour et Margherita (les ministres de Charles-Albert) » et le triomphe des vieux codiniK Si bien qu'à son arrivée, Revel comprit que la combinaison du comte Balbo n'était pas viable et refusa d'y entrer. Le noble vieillard, à son tour, déclina l'honneur du pouvoir.
Le roi était contraint d'abandonner ses intentions premières ; il rappela Cavour à Stupigini et lui confia de nouveau le soin de former son cabinet, demandant toutefois que le nouveau ministère ne posât point au Sénat la question de confiance sur le vote du mariage civil ; il n'avait pas déposé le projet, il n'était point tenu de le soutenir jusqu'à maie mort; Cavour accepta et pareillement de conserver pour collaborateur Cibrario auquel le souverain tenait. Ainsi fut constitué le cabinet".
On l'a dénommé le Grand Ministère et à juste titre, car il fit de grandes choses. Il ne partait pas sur un programme pompeux ; mais la politique est œuvre de volonté, non de mots. Pendant les six années de son existence', il fut sans
1. Marquis Pallavicini au roi Victor-Emmanuel, .1 novembre 18.')2.
2. Cavour, président et Finances; San Marlino, Intérieur; Cibrario, Instruction l'ublique ; Dabormida, Affaires élranf,'^reb ; Boncompagni, .histice et Grâces; La Marmora, Guerre et Marine; Paleocapa. Travaux Publics. Cavour avait demandé à Rattazzi d'entrer dans la couibinaison minisleriellc, mais celui-ci refusa pour ne point compromettre les débuts du cabinet.
3. On pourrait écrire les « huit années » car, sauf pendant six mois, juillet 1859 à janvier d860, Cavour demeura au pouvoir et le ministère fut " sien ». Masi, 11, 4:>tl.
cesse remanié, mais il avait une âme, qui était celle de son chef, et un principe, qui était celui de liberté, et tous deux demeurèrent. « Il est impossible au gouvernement, écrivait Cavour, d'avoir une politique nationale, italienne, en face de l'étranger, sans être à l'intérieur libéral et réformateur, de même qu'il nous serait impossible d'être libéraux au dedans sans être nationaux et italiens dans nos rapports extérieurs. » Réformateur, il fit la réorganisation financière, économique, militaire du pays ' ; libéral, il résista à l'ingérence du Saint- Siège dans les affaires nationales pour rendre l'Église libre dans l'État libre, et aux prétentions des monarques d'autorité qui lui déniaient le droit d'asile ; Italien, il « cueillit l'heure », mit dans l'expédition de Grimée et au Congrès de Paris son petit pays à l'égal des plus grands, suscita la guerre de Lombardie et prépara la réalisation des grandes espérances.
La réunion du Parlement était proche, fixée au 19 novembre, et pour laquelle le cabinet devait être prêt; par malchance Cavour tombait malade, obligé pendant quelques jours de réunir le Conseil auprès de son lit. La Chambre des Députés devait débuter par l'examen du budget qu'il fallait mettre au net ; Cibrario, ministre des Finances de la veille, avait étabH un bilan très clair de la situation à son départ, suivant ainsi l'exemple que lui avait donné Cavour en lui remettant son portefeuille au mois de mai précédent ; le nouveau Président n'avait donc qu'à ajuster à ses propres idées le travail de son prédécesseur ; et comme, pendant son précédent ministère, il avait établi un plan d'avenir, fait voter par le Parlement un ensemble de réformes, son travail n'était que l'application à un nouveau budget des dispositions déjà adoptées ; mais celles-