‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 150 sur 247 · Cavour à E. de La Rue, 27 février · texte numérisé non relu

Cavour à E. de La Rue, 27 février

:<. M. de Buol au comte de Revel, 9 mars 185.S.

Cavour. — n. 16

M. Dabormida, lavantage appartient au ministre piémontais ' ».

MM. de Cavour et Dabormida entendaient conserver cet avantage : ils préparèrent donc sous forme de mémorandum l'exposé complet de la question des séquestres, textes des lois et conventions autrichiennes à l'appui, ot leur mémoire, complet, clair, serré, ne laissait rien dans l'ombre ni dans le doute. Ils envoyèrent le document à Vienne, sans oublier les copies à Londres et Paris, et attendirent la réponse.

Le temps s'était écoulé, l'opinion publique s'énervait en Piémont, réclamait le rappel du ministre sarde à Vienne : mesure bientôt inévitable, car la nouvelle réponse de l'Autriche arrivait à Turin, et elle était un hautain refus : « Il s'agit d'une mesure de sûreté publique, déclarait M. de Buol, dictée par une nécessité politique dont nous sommes les seuls juges compétents et à l'égard de laquelle nous nous reconnaissons le droit de décliner toute ingérence étrangère ». Les émigrés, non rentrés en Lombardie, étaient traités de « félons », sans qu'on daignât examiner la situation juridique née des ordonnances les autorisant à se faire nationaliser sardes. « Que le gouvernement sarde ne consente donc pas à laisser influencer sa politique par les projets aventureux de ces hommes turbulents », tel était l'aimable trait par lequel le comte Buol terminait sa missive au comte Appony en le priant de la communiquer à M. Dabormida''. II n'était qu'une réponse possible : le comte de Revel reçut l'ordre de « profiter d'un congé » pour rentrer à Turin. C'était un rappel poli ; le comte Appony n'eut pas d'instructions analogues, et, mécontent de l'action autrichienne, n'en sollicita point '.

i. M. Drouyn de Lhuys à M. Aymé d'Aquin, 26 mars d8c.3. 2. M. de Buol au comte Appony, 7 avril 1853. 3. 11 ne partit qu'a la fin de septembre.

A ce moment arrivait à Turin le successeur de M. de Butenval.

Le duc de Guichet qui venait de remplacer M. de Butenval, avait quelques qualités de diplomate, la tenue, l'élégance froide, le flegme qui lui dictait ce conseil à un jeune collègue : « Un diplomate doit toujours écouter en silence, et, quand son interlocuteur a fini de parler, il doit répondre : Je le savais- », Il ne le savait pas toujours, car il avait peu d'avenir dans le regard, on en présentera cjuelques exemples et il en a donné lui-même le plus éclatant en juillet 1870. Très respectueux du Saint-Siège, il comprit mal l'action de Cavour, qu'il trouvait d'une activité brouillonne . Mais il était honnête et galant homme , l'acte brutal et injurieux de l'Autriche le révolta, et il exprima son opinion avec l'aisance d'un grand seigneur qui sait que ses dépêches seront lues avec déférence. « La protection des opprimés a toujours été, écrivait-il quelques mois plus tard, une des nobles prérogatives de la France... Le séquestre des biens lombards des émigrés sardes se change en confiscation. . . En vain l'Autriche a proclamé que cette mesure n'était que temporaire. » Elle a violé ses promesses et commis « la spoliation la plus inique » ^ Et sans cesse il protestait dans ses dépêches contre de tels agissements, insistait auprès de

1. Plus tard duc de Gramont et ministre des Affaires étrangères en 1870. « J'espère que nous n'aurons avec lui que de bons rapports », écrivait Cavour au comte de Gircourt qui le lui avait recommandé. Mais, bien renseigné, il ajoutait : « Cela aura lieu certainement, pour peu qu'il ne se mêle pas de la question religieuse, sur laquelle nous ne saurions transiger. » Cavour au comte de Gircourt, 18 janvier 1853 (et non 1851). Nigra, p. 117.

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