Cavuur à la 'iliambre des Députés, 17 mai i
l'RKMIÈRES ANNÉES DU GRAND MINISTÈRE 245
Turin, et le gouvernement autrichien ne faisait rien pour l'amoindrir. M. de Buol avait bien envoyé en Lombardie M. de Rechberg en façon de légat civil et pour adoucir la répression, mais sans lui donner des pouvoirs suffisants, et son délégué se heurta à l'âpre volonté du vieux maréchal Radetzkiet surtout du chef d'État-major, le général Benedek, le futur vaincu de Sadowa ; entre les soldats et le fonctionnaire civil, des conflits surgirent*... au grand dam des séquestrés, car les mesures administratives ne firent que s'étendre en s'aggravant : chaque mois, de nouveaux décrets étaient pris, augmentant le nombre des victimes, préparant l'expropriation, exigeant des prestations volontaires""', n'accordant de rares amnisties que pour serrer davantage le séquestre des « félons ». Et, sur de nouvelles protestations des ambassadeurs de France et d'Angleterre, le comte Buol posait cette condition à la main -levée des saisies fiscales : répudiation préalable par les propriétaires saisis de la nationalité sarde et acte de soumission envers l'empereur François- Joseph comme sujets autrichiens : ce qui était demander l'impossible. « Nous avons fait, disait Cavour au comte Borromée, devenu sénateur sarde, et au marquis Pallavicini, député de Turin, dont la fortune en Lombardie était séquestrée, — tout ce que nous pouvions faire. La limite des remontrances et des actes diplomatiques est atteinte. Passé cela, il n'y a plus que la guerre, et nous n'y pouvons, nous n'y devons penser^ ».
Le comte Appony avait été à son tour rappelé de Turin, et sa nomination à Munich donnait à son départ un caractère définitif. Les deux cours vivaient en état de demi-rupture
i. Benedeks nachgelassene Papiere, p. 192.
i. Cavour à Oldofredi, septembre 1854, 24 avril 1855.
o. Duc de Guiche à M. Drouyn de Lhuys, 24 janvier 1854.
diplomatique. Laitier dédain de l'Autriche n'avait d'égal que l'irritation du Piémont.
L' « incident des séquestres >> eut une portée et des conséquences d'une extrême gravité : il entretint entre les deux gouvernements, entre les deux peuples, uneanimosité prête à éclater en querelle armée au moindre incident, — ou à riieure voulue par les hommes d'Etat; il démontra à tous que l'Autrichien n'était en Lombardie qu'un exploitant étranger, et son occupation toute provisoire ; il permit à Cavour et Dabormidade conduire une politique digne, réservée, forçant la sympathie des deux grands Etats qu'ils appelaient désormais « nos alliés ». Folie politique pour l'Autriche, sagesse prévoyante pour le Piémont : Qkos vuit perdere Jupiter. . .
La session parlementaire de 1852-1853 avait été, malgré les difficultés de la politique extérieure, active et pleine. De nombreux projets de loi avaient été distribués, les plus importants, comme de juste, d'ordre financier et économique. On a dit la situation de la Trésorerie, qui n'était point brillante ; l'avenir du royaume dépendait de l'équilibre budgétaire ; sans doute, quelques indices favorables perçaient, qui n'échappaient point à la perspicacité de Cavour ; malgré les gros emprunts contractés, la rente sarde demeurait ferme, attaquée parfois par la spéculation, en triomphant toujours ; la construction des chemins de fer du Piémont était activement |)uusséc, OJi prévoyait leur prochaine ouverture, la hausse de leurs actions ' permettait des émissions plus avantageuses pour l'Etat ; sur le versant occidental, le réseau ferroviaire