‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 153 sur 247 · Cavour à E. de La Riie, ib mai 185;j · texte numérisé non relu

Cavour à E. de La Riie, ib mai 185;j

n'était qu'en projet, mais Cavour passait un important marché avec deux hiommes d'affaires parisiens, MM. Laffitte et Bixio, des discussions assez vives étaient engagées avec le gouvernement français sur les gares de rattachement avec les lignes françaises, et Guiche se refusait à rien concéder, mais une transaction était certaine ; le port de la Spezzia et ses fortifications étaient en plein travail, on prévoyait une solution définitive de l'affaire des docks de Gênes, que Cavour traînait depuis sa première entrée au ministère, et le Président du Conseil faisait venir d'Angleterre un « ingénieur illustre », M. Randell, seul capable de choisir entre tous les projets déposés et d'en conseiller au besoin un nouveau \ Une convention était passée avec la Compagnie transatlantique pour établir une ligne régulière de Gênes aux divers ports de 1 Amérique, et Cavour n'obtint point sans peine l'approbation du Parlement : le 2 juillet 1853, dans un grand discours au Sénatil démontra l'importance pour le port de Gênes, pour le royaume entier, de ce nouveau « débouché » offert à leurs transactions commerciales.

Pour accroître les ressources de l'Etat, pour faciliter l'expansion économique de la monarchie, le cabinet — ou plus simplement Cavour — proposait une série de lois : sur le cadastre, afin d'obtenir la péréquation de l'impôt foncier; sur les nouveaux impôts, pour en déterminer l'assiette, taxes sur les chevaux et voitures, droits sur les donations et constitutions de dot, réorganisation de l'impôt personnel et mobilier; sur la vente de biens domaniaux, destinée à compenser dans le budget extraordinaire les dépenses engagées pour l'établissement des chemins de fer. Pour faciliter les opérations bancaires, Cavour proposait de développer la Banque natio-

\. Cavour à Brockedon, 20, 22 décembre i852. etc.

nale, — qu'il avait contribué à créer, — en portant son capital de 8 à 32 miUions à condition qu'elle consentît à l'Etat, s'il l'exigeait, des avances jusqu'à concurrence de 15 millions, et qu'elle créât de nouvelles succursales ; il désirait même lui confier le service de la Trésorerie Générale et obtint sans grande difficulté l'approbation de la Chambre, mais le Sénat se montra plus rigoureux, discuta, éplucha, renvoya la discussion à la rentrée de novembre : on en verra les péripéties.

Enfin le général La Marmora avait demandé d'importantes réformes dans l'organisation militaire, avec projets de lois sur l'état et l'avancement des officiers, la situation des sousofficiers, le recrutement militaire; le dernier texte était l'occasion d'un grand débat à la Chambre sur les devoirs militaires des prêtres, la droite déniant à l'Etat le droit de réglementer ces devoirs même pour en dispenser les ecclésiastiques (et le frère du ministre, Gustave de Cavour, parlait ainsi); la gauche, avec Brofferio, Demarchi, se rattachant à l'idée moderne du devoir militaire égal pour tous; dans un esprit d'opportunité, Cavour dut se placer entre les deux systèmes * .

Au Parlement, peu ou prou de difficultés pour le chef du cabinet : le connubio portait ses fruits : les deux centres étaient tondus en un seul parti et si, dans quelques questions secondaires, se manifestait une velléité de révolte, le premici' ministre montait à la tribune, en souriant et se frottant les mains, expliquait ses raisons avec une lumineuse clarté, égayait sa discussion de quelques traits malicieux. Et il triomphait do toute résistance. Il se portait alternativement vers la droite ou vers la gauche de son parti, Ie(|uol avait une telle majorité que le cabinet semblait inexpugnable. Cavour dirigeait

\. Cavour à la Chambre, 21,23 mai 1853.

PREMIÈRES ANNEES DU GRAND MINISTERE ii9

le Parlement, non |d'autorité brutale, mais par l'ascendant d'un génie clair et pratique. Le pays, « longtemps habitué au sommeil industriel », était reconnaissant envers l'homme « dont les talents réels et reconnus... le lançaient à toutes voiles (!) sur la route du progrès et de la fortune^ ».

Des points noirs aussi : les impôts rendaient mal, et c'était une triste situation budgétaire que celle où chaque année il fallait recourir à l'emprunt pour couvrir les recettes ordinaires. « Les gens gravi, écrivait quelques mois plus tard M. d'Azeglio, ne sont pas du tout rassurés sur Vandamento de nos finances". » Le petit peuple se plaignait de la vie chère ; les récoltes étaient mauvaises, le prix des céréales avait haussé d'une manière inquiétante; le malaise général faisait plus difficile la rentrée des impôts. Aussi, le Parlement en congé, Cavour consacra-t-il ses loisirs d'été à préparer le budget du prochain exercice ; il eût désiré en obtenir l'équilibre non par de petits moyens et de mesquines économies, mais par des réformes profondes, assurant la richesse de l'État par l'aisance des citoyens, mais il se heurtait à de vives oppositions. « Je ne puis guère m'absenter de Turin, écrivait-il à un ami, tant que les budgets ne sont pas préparés. Pour les obtenir, j'ai à lutter avec plus d'acharnement que lorsque les Chambres sont réunies. Si je m'absente, on ne travaille plus ; car tous les ministères sont plus ou moins hos" tiles aux réformes que je voudrais accomplir \ » De ces réformes, la plus importante était l'abolition de tous droits d'importation sur les céréales, dont Cavour préparait les modalités dès le mois d'octobre 1853 S mesure désirée des

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