Rattazzi à Castelli, 7 octobre
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uns, les consommateurs, redoutée des autres, les producteurs, mais dont tous méconnaissaient la portée.
De mauvais bruits circulaient sur les agissements du Président du Conseil ; les uns insinuaient qu'en lui le spéculateur n'était pas mort et .qu'il profitait des secrets d'État pour jouera coup sûr; d'autres prétendaient qu'il avait accaparé des stocks de céréales dans son grand moulin de Collegno, affamant le peuple pour augmenter encore son opulente fortune. Ces « petits vents qui rasaient terre » déchaînèrent une tempête le 1" octobre 1853.
Surexcités par les calomnies des partis extrêmes, une centaine de turbulents se jettent vers dix heures du soir sur l'hôtel des Cavour, bousculent les cinq carabiniers qui en protègent l'entrée, forcent les grilles, et montent l'escalier en grand tumulte. Que voulaient-ils faire? ils ne le savaient trop eux-mêmes, saut crier, ce dont ils ne se faisaient faute; la garde accourut à la rescousse, distribua généreusement les coups de botte et de plat de sabre et procéda à une vingtaine d'arrestations. Et la foule s'amassa dans la rue, commentant ce retentissant « fait divers », plutôt sympathique que malveillante envers Cavour. Celui-ci n'était point dans sa maison, où on le cherchait si bruyamment ; il présidait une commission au ministère des Finances, et avant de rentrer chez lui passa à la questure où ministres, députés, amis se précipitèrent pour lui exprimer leur confiance et leurs protestations et l'accompagner en garde d'honneur jusqu'à la Casa Cavour'.
L'incident n'eut point de suites, que des citations en police correctionnelle et de vives polémiques de presse ; il apparut que, de celte épopée burlesque, le parti rétrograde avait eu l'honneur de l'initiative, mais que l'extrême gauche n'enten-
1. Récit de Castelli et Mémoires cités par Chiala, V, ccccvi.
dait point demeurer en reste de virulence : les attaques de son leader, Brofferio, dépassèrent un peu les limites de la critique permise.
Le lendemain de cette nuit agitée, le premier ministre reprit à pied le chemin du ministère, comme si de rien n'était : il entendait n'être point trouble dans sa vie publique par quelques cris hostiles, et précisément à ce moment il terminait son évolution vers la gauche en appelant au ministère son « conjoint » du connubio, Rattazzi.
Il n'avait point pris le chef du centre gauche pour collaborateur une année auparavant, ne voulant point donner à son cabinet, et dès le début, un caractère d'opposition trop marquée au ministère d'Azeglio. Selon son expression, il évitait « de ne jamais rompre la chaîne », et il avait conservé la « trame » de son prédécesseur. Mais un délai suffisant s'était écoulé pour permettre au Premier ministre un nouveau pas vers la gauche ; la vitalité du cabinet était un fait acquis, il était certain que son autorité personnelle saurait imposer à la Cour et au Parlement l'homme que d'ailleurs la Chambre avait choisi pour Président; bref, le garde des Sceaux, Boncompagni, ayant manifesté quelque scrupule d'ancien magistrat à réformer la magistrature, annonça son intention de se retirer; et le 27 octobre 1853, Rattazzi prit le ministère de la Justice ^
L'événement fit quelque bruit ; on critiqua certain personnage qui avait annoncé que jamais les ministres de 1849 ne reviendraient au pouvoir"^ » ; on annonça une « nouvelle ère », d'autant plus qu'au même moment le roi nommait dix
1. Boncompagni le remplaça à la Présidence de la Chambre. — L'ouvrage de M"»» Rattazzi, qui pourrait être si intéressant sur cette période de la vie de son mari, contient malheureusement bien des erreurs de détail (Rattazzi et son temps, t. I, p. 512 et suiv.)-