‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 159 sur 247 · Gavour à Auguste de La Rive, janvier · texte numérisé non relu

Gavour à Auguste de La Rive, janvier

t. D'après les rapports très fouillés du baron Brenicr. en mission k Turin (infra, p. 282), 2 janvier 1854, et du duc de Guiche, 19 janvier 1854, à M. Drouyn de Lhuys.

il faudra, outre quelques économieà, compter sur le produit des taxes nouvelles, obtenir un sérieux revenu des lignes ferrées, ouvertes à cette époque, prévoir une augmentation des contributions foncières et la réforme des lois sur le timbre et sur les successions * , enfin supprimer du budget la dotation du clergé , 1.200.000 francs; sur quoi l'opposition de droite s'insurge; mais le rapport ministériel insiste, précise, donne des chiffres : les revenus ecclésiastiques sont de 11 millions environ, mal répartis, les hauts prélats recevant cent, cent vingt mille francs chacun, les desservants de campagne 7 à 800 francs ; une meilleure répartition assurera à ceux-ci un casuel suffisant, réduira ceux-là dans une juste proportion, et les finances publiques pourront être allégées d'autant. Cavour prévoyait cette objection : c'est la séparation financière de l'Eglise et de l'État, sans que Rome ait été consultée : « Ces réformes, écrivait-il", longuement mûries, prudemment exécutées, seront utiles non seulement au Trésor public, mais au clergé en enlevant à ses adversaires une arme puissante. L'Eglise n'étant plus la cause de sacrifices, mais la source de bienfaits, acquerra de nouveaux titres à l'afTection et au respect des peuples. » Ainsi s'équihbrera le budget ordinaire; quant aux dépenses extraordinaires, elles constituent un placement pour l'avenir en augmentant l'actif de l'Etat : un homme d'afTaires fait face par des emprunts aux déboursés exigés par l'installation de son usine, de sa maison commerciale; l'Etal est en droit de le faire lorsque par l'établissement de voies ferrées, de docks et de ports, il accroît son patrimoine, — et Cavour vend des biens domaniaux ou des actions des chemins de fer en construction. La balance est établie : reste un reliquat du

1. L'imporUinte réforme des droits do succession fut votée à la fin de la session, malgré l'opposition des partis extrûmes. 3. Rapport sur le projet de budget.

passé, qu'il liquidera grâce à un emprunt par souscription, où « la masse des souscripteurs suppléera aux gros preneurs' ».

Mais ce n'est là qu'un budget de transition; la situation s'améliore, qu'il faut complètement dégager par le développement des richesses économiques du pays. Dans la pensée de Cavour, — on l'a dit et on ne le peut trop répéter, — c'est la condition même de l'avenir. Avec une activité qui paraît fiévreuse, car elle va jusqu'à déposer à la Chambre six, sept textes dans la même séance, il multiplie les projets destinés à l'accroissement du capital national. Projets sur les chemins de fer; la grande ligne de Turin à Gênes est inaugurée le 6 décembre 1853, en grande pompe, occasion de festivités et de discours qui permettent de répandre la saine doctrine^; la percée du Mont-Cenis est l'objet d'études minutieuses sur lesquelles Cavour revient sans cesse dans sa correspondance ; les voies d'intérêt secondaire sont préparées, qui féconderont des régions jusqu'alors sacrifiées ; des chemins de fer économiques, tramways futurs, sont aménagés, lorsque le trafic par voie normale n'est point rémunérateur, ou quand les pentes de montagne sont trop fortes, et partout où les exigent « des considérations stratégiques^ » ; — développement des canaux propres au transport des marchandises comme à l'irrigation des cultures, et d'un établissement naturel dans la plaine du Pô où l'eau afflue des glaciers* ; — création de lignes télégraphiques qui tisseront leur réseau dans le royaume entier, et jusque sous la mer, car en 1854 est installé le

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