Cavour à Farini, 12 octobre
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câble de la Spczzia à Bastia ; — transformation des ports de la Spezzia et de Gènes, qui soulève tant de difficultés et de suspicions. Poui' faciliter le commerce et l'industrie, il s'agit de développer l'organisation bancaire, et, pour forcer la résistance du Sénat, Cavour a été jusqu'à dissoudre la Chambre; néanmoins la Banque nationale ne doit point exercer un monopole stérilisant, chaque province doit avoir son établissement financier et le ministre apporte à la Banque de Savoie, dans une heure de crise, tout l'appui a d'un sincère ami de la banque et d'une personne qui a quelque expérience dans l'administration des sociétés^ ». Mais de toutes ces réformes, celle à quoi Cavour est le plus attaché, c'est l'abolition des droits sur les céréales.
Admirateur passionné de sir Robert Peel, il a vu sur place les splendides résultats du Corn bill, et il veut pour son pays pareille rénovation. Déjà un de ses prédécesseurs, M. de Revel, a abaissé la taxe d'entrée de 9 francs à 3 francs l'hectolitre ; Cavour désire mieux, il entend réduire encore les droits d'entrée et de sortie, les porter à un taux dérisoire ; au mois d'octobre 1853, il remet au monarque un long rapport où il expose les avantages d'un tel système ; sans doute, minisire des Finances, il doit reconnaître que les revenus des douanes en seront amoindris, mais « il est convaincu que le Trésor n'aura point à regretter ce sacrifice momentané" », dont résultera pour le pays un immense bienfait ; car, si la récolte est riche, le libre commerce des grains facilitera leur exportation et par conséquent amènera un afflux d'or étranger; si elle est déficitaire, il augmentera
1. Cavour à Lachonal, Président du Conseil de la Banque de Savoie, février J8i)4, mars 1855.
2. Rapport au Roi sur la diminution de la taxe sur les céréales, 6 octobre 1853. Chialîi, Lellere, t. Il, p. 461 et suiv.
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les importations, donc assurera le maintien du pain à bon marché. Cavour dépose en conséquence un projet de loi fixant la taxe à 0 fr. 50 par hectolitre, et son verbe est si convaincant que son succès au Parlement dépasse ses espérances : les Chambres votent l'abrogation totale des droits sur les céréales, et le ministre des Finances se garde de protester.
Sans doute, tant de projets*, d'idées nouvelles, de révolutions économiques ne vont point sans de vives protestations, sans des contradictions parfois violentes ; l'opposition parlenientaire se cabre, Cavour réplique avec vivacité, ses adversaires crient : « A l'ordre, à l'ordre ! " » tout en reconnaissant in petto que ce despote de raison est irremplaçable. Même avec ses ministres, il n'est point toujours en harmonie complète ; en mars, il se sépare de son ami personnel, Ponza di San Martino, peu populaire à la Chambre, et détesté des réactionnaires depuis une maladroite circulaire lors des élections ; déjà les envieux annoncent que « le ministère craque... et ne paraît plus solide' ». Mais Cavour confie le ministère de l'Intérieur à Rattazzi, déjà garde des sceaux, « ce qui augmente considérablement la force et l'homogénéité du Conseil..., car il est évident qu'aucun ministère ne compterait contre une opposition comptant dans ses rangs MM. de Cavour et Rattazzi* ». Les conservateurs, les diplomates redoutent un peu l'arrivée au ministère politique de l'ancien chef des gauches ; mais Rattazzi rétablit de l'ordre dans l'ad-
1. Il ne faut point oublier la réforme de la procédure pénale, votée dans cette session, malgré la vive opposition de la droite.