Marquise d'Azeglio à son fils, 10 mars
4. Le duc de Guiche à M. Drouyn de Lhuys, S mars 1854. « C'est, écrivait le journal VOpinione à propos du passage de Rattazzi à l'Intérieur, un gage des intentions libérales du ministère, une assurance de force et de résolution. » De La Varenne, Lettres de Cavour à Rattazzi, p. 1:20.
mimstration, se montre libéral envers le clergé, et quand une poignée de révolutionnaires se jette sur la plage de la Spezzia pour provoquer une émeute à Gênes, il les fait arrêter et coupe net à cet essai de proclamer la république mazzinienne (mai 1854) V
La politique de Gavour commence à produire d'heureux résultats : la fortune se donne à qui la force. Quand Liebig, le chimiste allemand, arrive à Turin en 1854, il est frappé de l'intensité de la vie nationale : « Ge petit pays au pied des Alpes, dit-il dans son langage de laboratoire, est la molécuUvitale qui vaincra les forces de la mort et donnera le mouvement et la chaleur de la vie à tout le reste de la Péninsule » Obéissant à l'impulsion reçue, a-t-on écrite « le Piémont s'avance d'un pas rapide dans la voie du progrès moderne », sa richesse s'accroît, ses ressources se multiplient et un nouvel esprit pénètre dans la nation entière pour la vivifier.
Mais à ce moment un nouveau fléau vient le frapper. Vers la fin de juillet le choléra éclatait soudain à Gênes, et, dans cette ville alors mal entretenue, il prenait une grave extension : chaque jour, de nouveaux cas et de nouvelles morts ; le 2 aoijt, au maximum de l'épidémie, 264 cas déclarés, 126 décès, alors que, sur 100.000 habitants, 40.000 avaient fui ; la ville vivait dans la terreur, tout commerce arrêté, le port vidé, les ouvriers sans travail, et les révolutionnaires cherchant à exploiter les soufTrances de tous. Gavour^ et Rattazzi s'y transportèrent et ordonnèrent sur place des mesures énergiques qui parvinrent à enrayer le mal.
Ainsi qu'il était fatal, le fléau se propagea dans les ville^
1. M-« Rattazzi, Rattazzi et son temps, I, 314. t. I)t- la Rive, l.e comte de Cavour, p. i33; Orsi, L'Italie moderne, p. 219| 3. Boll6a, Camille Cavour e il colèra del i8r)4-1S.'iù, dans le Bolletino sic rico-bibliografico subalpine, 1911, p. 'i'Jl et suiv.
voisines et jusqu'à Turin. Dans la capitale, si propre, si hygiénique, il fit de moindres ravages qu'à Gênes, « quelques victimes çà et là^ », mais chacun était menacé et sentait l'invisible main frôler son épaule. Cavour mit quelque ordre dans ses papiers, et sans effroi comme sans exagération, prépara sa mort. Il avait assisté à l'atroce lutte confessionnelle qui avait troublé les derniers jours de son ami Santa Rosa : non moins que celui-ci, il était compromis aux yeux du clergé parles lois qu'il avait préparées, votées, appliquées ; vînt-il à tomber malade mortellement, avant de lui accorder le dernier viatique, l'archevêché ne manquerait point d'exiger la rétractation qu'avait refusée Santa Rosa, que lui-même refuserait, à la désolation des siens. 11 voulut dès lors connaître un prêtre, qui eût confiance en sa loyauté, à qui il pût demander les consolations dernières, en confessant ses péchés personnels, sans renier ses actes politiques. Il était en relations avec un frère mineur de Saint-François, le Père Jacques, auquel il avait rendu quelque menu service, âme droite et loyale, caractère courageux et plus hardi qu'attaché à une stricte discipline ecclésiastique. Cavour lui exposa avec franchise ses préoccupations spirituelles; le Père lui promit le concours de son saint ministère^. D'ailleurs, avec l'automne l'épidémie diminua ; quelques jours passés à Léri reposèrent le ministre fatigué ^ ; sept ans s'écoulèrent avant que le Père Jacques fût appelé au chevet de Cavour mourant.
Pendant le cours de l'hiver 1854-1855, deux graves préoccupations absorbèrent les Conseils de la Couronne, — qu'at-