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Cavour à Teodoro di Santa Rosa, mars

ment complet du clergé au milieu de la société civile, par le sentiment surexcitant de la persécution : « Savez- vous ce qui s'ensuivrait? disait-il : un redoublement de zèle, de fanatisme, d'ultramonlanisme ». Mais il était frappé des arguments si précis et pressants de Rattazzi, poussé par toute la gauche qui eût voulu bien autre chose, soucieux des menées d'un clergé ardent au combat et très muni d'argent. 11 se rallia donc au projet modéré de son collaborateur.

Le roi fut plus difficile à convaincre ; il n'avait pas une foi inébranlable, craignant le diable autant que Dieu ; mais il avait le respect du Souverain Pontife, détestait la persécution, d'oij qu'elle vînt, et entretenait avec son clergé de confiantes relations. Il eût désiré se mettre préalablement d'accord avec le Saint-Siège, et, lorsque ses ministres lui représentèrent qu'ils ne pouvaient attendre la fin d'une négociation que de fâcheux précédents forçaient de prévoir épineuse et longue, il ne consentit au dépôt du projet qu'à la condition d'envoyer à Rome trois prélats, l'archevêque de Gènes, les évoques de Maurienne et d'Annec}^ pour « aplanir les difficultés ».

Le 28 novembre, à la rentrée du Parlement, Rattazzi déposa un projet de loi comportant la suppression des corporations religieuses, étrangères à l'enseignement et aux institutions de bienfaisance; leurs biens devaient tomber sous l'administration de l'État pour des affectations pieuses ou charitables. L'accueil fut divers, mais aux ailes extrêmes de la Chambre, d'une violence égale; à gauche, les « purs » reprochaient amèrement au cabinet sa modération et qu'il n'eût pas restreint l'enseignement des prêtres ; à droite, on criait à la venue de Dioclétien. Les trois prélats mandés à Rome, dès qu'ils avaient connu le texte en préparation, avaient adressé au roi de sévères admonestations ; d'autres évêques s'y joignaient ; Victor-Emmanuel était méconlent. « L'affairp se fait sérieuse.

celui qui va en avoir tous les désagréments, c'est moi, écrivait-il. Ma mère et ma femme me font dire qu'elles meurent de chagrin à cause de moi ; vous comprenez le plaisir que cela me fait\ » Et Cavour écrivait sans joie : « La politique s'embrouille furieusement... L'hiver sera rude... Notre loi sur les 7noines sera blâmée par les deux partis extrêmes". »

La bataille ne s'engagea point de suite, parce que la Chambre s'occupait du budget et que le gouvernement était absorbé par des négociations avec les cabinets de France et d'Angleterre sur l'entrée du royaume dans la guerre contre la Russie ; mais, avant même que fût signé le traité d'accession, alors que le ministre des Affaires étrangères donnait sa démission pour ne point collaborer à un pacte dont il désapprouvait la teneur, le 9 janvier les débats commençaient à la Chambre, très vifs dès le commencement, interrompus net, d'abord par une interpellation de Yalerio sur la démission de Dabormida, puis par une tragique série de deuils à la cour.

Le 12 janvier 1855, la reine-mère, Marie-Thérèse, mourait après une brève maladie. La reine Marie-Adélaïde, accouchée d'un fils le 9 janvier, était brusquement atteinte d'une complication, et décédait le 20 janvier. Enfin, le frèredu roi, leduc de Gônes, malade de la poitrine, les suivait dans la mort le 10 février ^ En un mois, Victor-Emmanuel était frappé dans sa mère, seule affection de son enfance, dans sa femme, douce et indulgente à ses fautes, dans son frère, le compagnon de sa jeunesse et de ses batailles de Lombardie. Coups rudes, dont malgré sa robuste vaillance, il était accablé. Et dans les sacristies ou les couloirs du château royal, de pieuses personnes

t. Victor-limmanuel à La Marmora, début de décembre 1854.

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