‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 167 sur 247 · Duc de Gtiiche à M. Drouyn de Lhuys. 21 fpvripr ISfiS · texte numérisé non relu

Duc de Gtiiche à M. Drouyn de Lhuys. 21 fpvripr ISfiS

et se livrer, sous la protection de la croix, à l'étude des arts et des sciences, — il est hors de doute que ces refuges étaient des institutions précieuses pour la religion comme pour la société civile. Mais aujourd'hui, les arts, les sciences et l'industrie ne sont plus persécutés par les gouvernements ; ils en sont protégés au contraire, et n'ont plus besoin d'asiles cloîtrés, d'abris inaccessibles. De même, alors que la force et la violence étaient les maîtresses absolues du monde..., une institution religieuse qui avait pour but d'ennoblir la pauvTcté, était un bienfait sans égal pour la société », et les ordres mendiants avaient leur noblesse et leur justification ; mais les choses ont changé et les ordres mendiants, qui ne produisent rien, qui ne répandent point l'instruction, sont tombés dans une décadence telle, qu'elle doit entraîner leur suppression. Sans doute Cavour n'a point été toujours de cet avis, il le reconnaît lui-même, mais lorsqu'il repoussait jadis Vincameramento, il demandait déjà une distribution plus équitable des revenus ecclésiastiques, que celte mesure permettra de réaliser. Certes, il serait désirable que la réforme proposée fût le résultat d'un accord avec le Saint- Siège. « Mais qui donc peut encore se flatter de l'espoir que Rome s'entende avec nous sur cet objet ? » Le pays réclame cette loi. A la lui refuser, que serait-il advenu ? « Vous auriez eu l'agitation cléricale comme par le passé et, par surcroît, l'agitation libérale. Beau moyen de ramener et de maintenir le calme dans le pays. — Messieurs, le seul moyen de purifier les esprits, c'est d'accomplir la réforme proposée, parce qu'on ne réussira pas autrement à en finir avec cette question... Incontestablement, la présentation de ce projet a attiré sur quelques ministres les colères les plus vives, les animosités les plus violentes, elle leur a fait perdre des amitiés chères et a pu jusqu'à un certain point accroître les forces de leurs ad ver-

saires politiques. Tout cela, nous l'avions prévu..., nous n'avons pas différé un acte urgent et nécessaire et malgré la perte de nos amis, malgré le nombre croissant de nos ennemis, malgré les haines qui s'exaltent, nous ne regrettons pas la résolution que nous avons prise, et nous nous enorgueillirons toujours d'avoir sacrifié des considérations privées à l'accomplissement de ce que nous avons regardé comme un devoir sacré et rigoureux^ »

Discours habile, persuasif, pressant, cai' le Président s'était, comme maints orateurs, convaincu lui-même en défendant le projet dont il n'était point d'abord enthousiaste. Naturellement, réplique de la droite, duplique de Cavour^, enfin vote, et le 2 mars la Chambre adopta le texte de loi par 117 voix contre 36.

Le projet fut de suite porté au Sénat où les bureaux procédèrent à son examen. Cavour prévoyait la nomination de commissaires hostiles et songeait à se retirer. « Je ne pense pas, écrivait-il confidentiellement, qu'il soit convenable de faire une fournée de sénateurs pour triompher de l'opposition du Sénat. La loi des couvents n'est pas tellement populaire, elle est combattue par un trop grand nombre de personnes, que, pour la faire (triompher), il faille user de moyens extrêmes^. » L'impression dans les bureaux était mauvaise, trois commissaires sur cinq élus étaient défavorables. La situation politique s'aggravait, car si le cabinet se retirait, qui avait la majorité à la Chambre, comment le remplacer en donnant satisfaction aux sénateurs comme aux députés ? Le comte de Revel, qui « flairait le pouvoir », suivant l'expres-

1. Cavour à la Chambre des Députés, 17 février ISiia. Artom et Blanc, p. 272-292.

2. Cavour à la Chambre, 23 février 1854, ibid., p. 293-.'>ul. .3. Cavour à T. de Santa Rosa, mars 18ou.

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sion de Cavour, s'était compromis en votant contre raccession du Piémont à l'alliance franco-anglaise ; il était difficile de trouver un ministère viable, à un moment critique et qui demandait dos hommes d'Etat'.

Alors quelques prélats et sénateurs de droite cherchèrent une combinaison qui dégageât la couronne, — sans d'ailleurs sauver le cabinet. En grand mystère, ils demandèrent au Pape d'autoriser les évèques du royaume à se charger collectivement d'acquitter le million dû par l'ancien budget au clergé et dont la suppression avait été la cause, apparente tout au moins, du projet; ainsi, la raison môme de la loi venant à disparaître, la couronne, touchée de ce sacrifice volontairement consenti par le haut clergé, retirerait l'inopportune proposition. De quelque prudence on eût usé dans ces négociations, le cabinet avait percé le secret, mais se gardait de le divulguer : Pie IX donna son adhésion et remit à une personne dévouée une lettre autographe pour Victor-EmmanueP.

Le roi, encore sous la douloureuse impression de son triple deuil, était inquiet, courbé, vieilli, « avec des explosions de douleur qui faisaient pitié », disait M""* d'Azeglio ; il était pressé par le parti clérical, qui lui montrait « la main de Dieu » le frappant pour l'arrêter dans le coup qu'il voulait porter aux congrégations ^ ; « tous les moyens sont employés pour agir sur son esprit, écrivait le duc de Guiche (point suspect d'anticléricalisme) ; les uns sont avouables et légitimes ; les autres» peut-être plus efficaces que les premiers, s'exercent par des intermédiaires peu convenables pour une cause aussi grave * » .

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