‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 169 sur 247 · Cavour à T. de Santa Rosa, 9 avril · texte numérisé non relu

Cavour à T. de Santa Rosa, 9 avril

i. Castelli, La crisi Callabiana, dans 11 conte di Cavour, p. 61 ci suiv. 4. Cavour au baron Manno, 26 avril 1856.

27i CAVOUR

Accepter la proposition des évêques, c'était sacrifier le principe au nom duquel la discussion s'était liée, retirer un projet sur lequel le cabinet s'était engagé et que la Chambre avait approuvé à une forte majorité, accepter l'intervention de l'épiscopat dans les affaires de l'Etat ; le ministère ne pouvait hésiter, il se rendit auprès du roi, pour proposer le refus de la proposition Callabiana ou sa propre retraite. Le roi avait son opinion faite : il déclara qu'il en avait assez, qu'il avait été aussi loin que possible, qu'on devait en finir avec Rome et accepter l'offre des évêques. Il n'y avait qu'une solution : le ministère entier donna sa démission, que le roi accepta le 28 avril '.

La tâche du monarque constitutionnel était singulièrement malaisée. Qui choisir ? Un sénateur considérable, le comte de Revel, représentait l'élément modéré du parti catholique et la majorité du Sénat : Victor-Emmanuel l'écartait résolument, parce qu'il avait voté contre l'entrée dans l'alliance francoanglaise. Tout chef de la majorité à la Chambre eût pensé et agi comme Cavour, et tout sénateur favorable à la proposition Callabiana eût été sur-le-champ mis en minorité par les députés. Le roi s'adressa à des modérés, Désambrois, Boncompagni,qui déclinèrent l'invitation, puis au général Durando, depuis peu ministre de la guerre, qui consulta ses amis, — c'était déjà la formule, — télégraphia à Villamarina, ministre à Paris, pour lui proposer les Affaires étrangères, afin d'affirmer l'intention du nouveau cabinet « de persister dans les principes qui ont inspiré les traités d'alliance* ».

Les jours s'écoulèrent et la situation s'aggrava, d'autant

1. D'une lettre de Cavour à Cibrario, son collègue de l'Instruction Publique, avril 1855, on peut oonclure (|ue les débats furent vifs dans le conseil, puisque « avant de niuurir il fallait se pardonner réciproquement nos torts u.

2. Cavour à Kminanuel d'Azp^lio, 1855 (prfniiorsjours de mai, sans date).

plus qu'au quai d'Orsay éclatait une crise analogue, mais pour d'autres raisons, qui emportait M. Drouyn de Lhuys^ Victor- Emmanuel recevait chaque jour cent lettres, vingt conseils, parfaitement contradictoires, et ne savait quel suivre. Prêtres et anticléricaux s'agitaient avec une égale ardeur. Le Piémont, si calme à son habitude, commençait à s'émouvoir ; Turin présentait un caractère insolite, en attente, comme à la veille d'un grave événement".

Alors s'éleva une grande voix : le noble chevalier d'Azeglio avait vécu dans la réserve depuis son départ du ministère ; il n'avait point une confiance absolue dans son successeur, qu'il aimait à plaisanter dans l'intimité ; mais il reconnaissait son immense valeur, le danger de rompre avec sa politique et d'asservir la couronne piémontaise au Saint-Siège. Le 29 avril, il écrivit à son roi la lettre « d'un vieux et fidèle serviteur; je Lui dis les larmes aux yeux, incliné à Ses pieds : i(.Is' allez pas plus avant dans la route que vous avez prise. Il « est temps encore. Reprenez celle d'avant. » Il montre le sort des monarques qui se firent sujets du clergé : Jacques Stuart, Charles X, Isabelle d'Espagne. « Croyez-moi, il ne s'agit pas de religion, mais d'intérêts... Soyez ferme, vous vaincrez. »

Cette lettre, la rude parole de quelques vieux serviteurs^ démontrèrent à Victor-Emmanuel que l'indépendance et l'avenir même de son pouvoir royal étaient en jeu ; brusquement il prit sa décision. Le 3 mai, le général Durando annonça au Sénat que « le Roi, après avoir fait tout ce qu'il pouvait afin de résoudre le démêlé d'une manière conciliante*, et après

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