Cavour à E. de La Rue, 24 juin, 15 novembre
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raissait tout espoir de paix ; rébranlement à l'est, prédit par Balbo, allait se produire; il s'agissait d'en tirer parti. Les libéraux de la grande tradition, Farini, Castelli, ne cessaient de s'en entretenir, en parlaient à leur grand ami, pressaient sur lui pour qu'il ne manquât point l'occasion ^ Lui-même regardait et réfléchissait. Pour rendre à la Patrie, des Alpes à la Sicile, son indépendance et assurer son Risorgimento^ alors que l'Italie était divisée, « avilie par une double tyrannie », ses meilleures provinces sous le joug étranger, le Piémont, certes vaillant et libre, mais petit et sans force, — il fallait obtenir l'aide matérielle de la France, sans atteindre l'autonomie et le prestige du royaume sarde ". Et comment mieux s'assurer cet indispensable concours, qu'en offrant d'abord le sien dans une guerre européenne entreprise au nom même de la liberté? Œuvre hardie et difficile, où le subtil génie de Cavour va s'exercer avec persévérance.
En janvier 1854, sa décision était prise, dont il ne se départit plus. 11 connaissait l'opinion du roi, qui la faisait savoir à tout venant. « Ne semble-t-il pas à Votre Majesté, avait demandé le ministre au souverain, que nous devrions trouver moyen de participer à la guerre que les puissances occidentales déclarent à la Russie ? — Si je ne puis aller moi-même, j'enverrai mon frère », avait répliqué laconiquement Victor- EmmanueP. Cavour s'en entretenait en février avec un exilé lombard, le comte Tofîetti, qui l'encourageait naturellement avec force. Le 8 mars, à propos d'un projet d'emprunt, il
1. Castelli. // conle di Cavour, p. 53 et suiv. Lang, Cavour und der Krimkrieg, dans Uislorische Zeilxchrifl, 1885, p. 3.
i. M. Luzzatti aux fiMes du centenaire de Cavour. Solenne commémorai zione del cen/enario délia nascila di Camillo Cavour (Turin, l'JlO), p. 64 Sur les idées de Cavour à cctle «'poque, concernant l'avenir de ritaliej Messeri, La politica del conte di Cavour nella liberazione del Mezzogiorne dans la Revue II Bisorgimenlo ilaliano, l'J13, p. 280-281.