‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 179 sur 247 · Duc de Guiche à M. Drouyn de Lhuys, 2Juin · texte numérisé non relu

Duc de Guiche à M. Drouyn de Lhuys, 2Juin

i. Cp dialogue d'après un document communiqué par Gramont à Massari (l i7a di Villurio Emanuele, p. Uii) et suiv.). Le duc ne 1';» point mentionne dans sa correspondance oflicielle, peut-être le roi et le diplomate ont-ils chnrun ((uelque ()eu forcé la note : mais elle est bien conforme au langage de Victor-Emmanuel.

cliomcnl. » Et comme le diplomate avouait qu' « il avait trouvé la note un peu diplomatique... » Sa Majesté rétorqua : « Ah ! oui, elle est belle, la note ; parlons-en. Moi je la trouve bote, voilà mon avis. Ils se sont mis à sept ou huit pour la faire. Je leur ai dit ma façon de penser. J'aurais fait autre chose, moi. »

— Le duc : « Peut-être que Votre Majesté aurait répondu dans le sens des ouvertures de M. de Cavour. » — Le roi : Qu'est cela, les ouvertures de Cavour? Voyez-vous, mon cher, il faut appeler les choses par leur nom. Il n'y a pas d'ouvertures de Cavour : c'est moi qui ai parlé. Je lui ai dit de vous offrir 15.000 hommes... Cavour a été tellement malmené par ses collègues, qu'il n'a plus voulu continuer. Ils lui ont persuadé que ce serait impopulaire d'entrer dans une alliance où sera l'Autriche, à moins que l'Autriche ne nous donne un gage par la levée des séquestres sur les biens des émigrés lombards. Mais moi, je vous dis une chose, et vous pourrez l'écrire à l'Empereur. L'Autriche n'y est pas dans votre alliance, et elle n'y sera jamais, et si vous comptez sur elle, vous vous trompez » ; et, après avoir daubé sur ses ministres : « Il n'y a que Cavour et moi. Mais attendez un peu et vous verrez. »

— Le duc : « Dois-je comprendre que Votre Majesté veut entrer dans notre alliance, et y apporter son contingent de troupes ?» — Le roi : « Oui, je le veux et cela sera. C'est par mon ordre que Cavour en a parlé, et s'il faut changer les ministres, je les changerai. » Et, comme l'attitude du Français exprimait quelque incertitude, Victor-Emmanuel de répliquer en redressant d'un coup brusque la tète, par un geste qui lui était familier, vraiment royal : « Ah ! ça, dites donc, vous; est-ce que vous en douteriez, par hasard ? »

Le temps agit ensuite : les troupes alliées avaient débarqué à Gallipoli, les Russes avaient abandonné le siège de Silistrie, les soldats français et anglais s'étaient installés à Varna et

avancés dans laDobroudja poury être décimés parle choléra. Le cabinet autrichien continuait son double jeu, signait des traités avec la Prusse et la Turquie, négociait à Vienne les « quatre garanties » qu'on exigerait de la Russie, et renouvelait néanmoins, à la cour de Pétersbourg, ses ménagements sinon ses encouragements. En été, les armées alliées débarquaient en Crimée ; le 20 septembre, la bataille de l'Aima faisait croire à la prochaine prise de Sébastopol, qu'annonçait déjà un Tartare inconnue Mais la bataille de Balaklava, quoique victorieuse pour les armées alhées, démontrait la ténacité des Russes ; il était certain que la campagne serait longue et dure : a Mon impression est que nous sommes ici pour tout l'hiver », écrivait le chef d'état-major de l'armée anglaise ". Et, de Constantinople, le prince Napoléon écrivait à ses amis des lettres décourageantes^.

Enfin, la « vaillance » de Cavour agissait avec ténacité. Camille pratiquait la politique de l'aide-toi, le ciel t'aidera. En Piémont, l'opinion publique était partagée : deux partis, les extrêmes, étaient opposés à toute intervention : la droite avec le haut clergé, parce que l'aUiance, avec la France cl l'Angleterre, surtout signée par le cabinet Cavour-Rattazzi, par le connuhio responsable des premières mesures anticléricales et bientôt de la lutte contre les Congrégations et donc contre le Vatican, cette alliance eût été néfaste à l'esprit clérical, au principe d'autorité qui inspirait h's vieux rodini ; l'extrême gauche, parce qu'elle n'y voyait que Tinféodation à

1. a ... Si lin nouveau Tarlare ne met pas de nouveau celte nuit I'Imi rope sens dessu.s dessous... », raandail Cavour le 7 octobre 1854 au marquis César Alfieri.

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