‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 180 sur 247 · IV de La Gorce, Histoire du lecond Empire, t. I, p · texte numérisé non relu

IV de La Gorce, Histoire du lecond Empire, t. I, p

3. Le prince Napoléon à Bixio, ti décembre 1854. Bibl. Nat. Ponds Bixio. (^fr. le prince Napoléon à Napoléon III. i«' janvier 4854, Revue des Deux MoTidex du ■!•' janvior V'24 ". '>0.

l'onipereur du Deux-Décembre et percevait mal l'intérêt pour l'unité italienne d'une lutte en Orient ; les députés génois continuaient à redouter que la guerre avec la Russie déterminât une grosse crise commerciale. Le pays, — l'homme dans la rue ou dans le village, — et, avec lui, la majorité de la Chambre, au contraire, comprenaient que toute campagne victorieuse relèverait le prestige national, abattu par les malheureuses campagnes de 1848 et 1849. L'armée « se joignait aux alliés de ses vœux, comme elle était disposée à le faire sur les champs de bataille * » . Et le cabinet était partagé, mais non plus comme en avril ; ici paraissait le travail de son chef.

Quant à lui, il n'avait point changé; il était ancré dans cette décision d'attacher Napoléon et la France à la fortune de sa patrie. « En tout cas et quoi qu'il arrive, disait-il le 4 octobre à M. de Guiche, l'Empereur nous trouvera de fidèles alliés, et toujours prêts, quand il le faudra, à marcher avec la France, que nous ne quitterons plus. » Auparavant, il avait encore maintes difficultés à vaincre : « 11 me faut, écrivait-il dans une lettre intime, traîner le char de l'Etat sur une route remplie d'ornières et bordée de précipices^. » Mais, déjà, il avait acquis à son opinion deux ministres : Cibrario était un ferme partisan de l'intervention et le général La Marmora y était gagné, espérant commander les troupes du corps expéditionnaire; au contraire^ les deux ministres les plus considérables résistaient : Rattazzi, à l'Intérieur, hésitant, mais encore défavorable à une intervention sans compensation; Dabormida, aux Affaires étrangères; « celui-là, disait le roi, n'écoute rien et ne cède jamais ».

Le duc de Guiche, alors en France, l'avait entrepris dans une correspondance personnelle, « latérale », évidemment

i Duc de Guiche à M. Drouyn de Lhuys, 5 octobre 1854. 2. Cavoiir à E. de La Rue, l" octobre 1354,

inspirée[par Napoléon III. Le 22 octobre', le diplomate français avait écrit à « son cher général » une lettre toute confidentielle, lui exposant que la France se trouvait à court de bâtiments et demandant si la Sardaigne consentirait à lui pnHer une frégate, une corvette ou môme un aviso sans avoir à engager aucune dépense quelconque . Dabormida avait envoyé « à son cher duc... son bon et très sûr ami » une longue lettre, très enveloppée et délicate — de refus, le Piémont ne voulant pas « s'introduire furtivement dans l'alliance . . . , le jour où nous verrons nos véritables intérêts garantis, nous sommes prêts à porter notre grain de sable au glorieux édifice que la France et l'Angleterre travaillent à élever avec tant de sacrifices à la civilisation et à la prospérité de l'Europe ». Avec une suave douceur, le duc avait répliqué qu'il comprenait, mais que « la neutralité ne serait bientôt plus possible et ne paraîtrait môme pas 1res politique», et le diplomate avait aimablement ajouté que le Piémont n'était connu en Europe que par les violences de sa presse, « et vous êtes, aux yeux de l'Europe, responsables et complices de celte intempérance de langage ». Bref, avec une parfaite politesse, les deux hommes d'Etat s'étaient brouillés i\ jamais.

Le 2 décembre, la discussion du budget des Affaires étrangères lournis.sait l'occasion au leader de l'oxlrôme gauche, Brofferio, de s'opposer avec vigueur à tout funeste traité avec la France, car « entre l'autocratie de Péter.sbourg et le despotisme de Paris, je ne mets aucune dilîi ronce ». Dans sa réponse devant la Chambre, et tout en protestant de sa sympathie pour les puissances alliées, le ministre Dabormida déchirait sans ambages : « Nous sommes libres de tout engagement et indépendants ».

1. Celle iiiifiorlanle correspondance dans Chiala, L'alleanza di Crimea, p. 72 et suiv.

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Or, le même jour, à Paris, on apprenait la nouvelle du douteux combat d'inkermann, et à Vienne les puissances alliées signaient avec l'Autriche une nouvelle convention, et qu'elles croyaient définitive.

La guerre était bien autrement rude qu'elle n'avait paru lorsqu'elle avait été déclarée, — on disait « La guerre de Troie ^ » ; le soldat russe, résigné, solide, brave, tenait ferme contre la furia française et la froide énergie des Anglais ; en France, l'opinion publique était inquiète et découragée : « Les lenteurs malheureusement trop explicables du siège de Sébastopol ont mis la Bourse en déroute, écrivait le directeur des Affaires politiques, et la ville est pleine de sinistres rumeurs". » Or, un échec en Crimée, humiliation pour l'orgueil anglais, eût entraîné l'etîondrement du trône français ; après « l'Empire, c'est la paix », une guerre malheureuse devait avoir pour juste conséquence l'inévitable déchéance de l'empereur Napoléon 111. 11 fallait donc recourir à tous appuis possibles, forts ou faibles, et « faire flèche de tout bois ».

L'alliance puissante était celle de l'Autriche : malgré les déceptions du printemps, la France et l'Angleterre croyaient encore possible de lier à leur sort la fuyante Hofburg; des négociations très serrées s'engageaient en novembre et elles aboutissaient le 2 décembre à un traité reprenant les quatre garanties d'avriP, et stipulant que si le rétablissement de la paix

1. Sur la campagne à la fin de 1854, C. Roussel, Guerre de Crimée, t. \. p. 284 et suiv.

2. M. Thouvenel à M. Benedetti, 7 novembre 1854 ; L. Thouvenel, Pages de l'histoire du second Empire, p. 127.

3. Article o du traité ; de La Gorce, lôc. cit.. p, 347 ; D'Harcourt, Les quatre ministères de M. Drouyn de Lhuys, p. 78.

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générale n'était pas assuré avant la fin de Tannée, les souverains de France, d'Autriche et d'Angleterre, délibéreraient « sans relard sur les moyens efficaces pour obtenir l'objet de leur alliance ». On crut la triple alliance enfin réalisée, le quai d'Orsay et Saint-James se congratulèrent comme si la citadelle de Sébastopol était enlevée, et à Turin on s'inquiéta de ce que signifiait le traité ; le roi mandait à Dabormida de vérifier s'il n'y avait point quelque clause secrète garantissant les territoires autrichiens en Italie ; a cela changerait bien notre alliance et il faut en être sûr avant » . Et le monarque était singulièrement perspicace, car, peu de jours après, les cours d'Autriche et de France signaient un accord pour « prévenir les tentatives qui pourraient être dirigées en Italie contre l'intégralité territoriale des États qui la composent^ ! » Mais, toujours optimiste, Victor-Emmanuel terminait sa lettre à d'Azeglio par ces mots joyeux : « Ciao, cher ami, en avant marche, et soyez gai" ».

Gavour écrivait : « L'alliance de l'Autriche avec la France et l'Angleterre paraît un fait accompli. 11 faut s'y résigner et tâcher d'en tirer tout le parti possible. » L'événement, loin dr l'arrêter, le poussait : car si l'Autriche avait fait payer son concours par une garantie de ses possessions en Italie, c'était un danger que le Piémont avait intérêt à détourner en entrant de suite dans l'alliance occidentale ; le cabinet de "Vienne se déroberait-il une fois encore, le gouvernement sarde ne pouvait que gagner à le devancer par une initiative hardie ot d'apparence désintéressée; enfin l'Autriche se rejetterait-elle vers la Russie, les puissances occidentales ne manqueraient point de lii harceler sur son flanc d'ouest et de lui enlever,

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