Chiala, L'alleanza, p
i. Cavour a Villaniarina, 11 janvier 181)5.
LA GUERRE DORIENT 307
précises, il est en cflot difficile do demander aux ministres de France et d'Angleterre de signer une note, mais je ne puis m'empôcher d'exprimer mon étonncment de cette réserve. » D'ailleurs, continua-t-il, il me paraît superflu de prolonger une discussion, qui ne peut aboutir. Et il annonça que le Conseil avait décidé, le matin même, d'envoyer à Paris le ministre de la Guerre, La Marmora, « pour se concerter avec le gouvernement de l'Empereur sur la question » controversée.
Surpris, mécontent de cet acte de méfiance et de ce que le cabinet sarde se flattât d'obtenir directement par l'un de ses membres ce que les gouvernements alliés prescrivaient à ses représentants de ne point faire, Guiche protesta hautement, très hautement : « Je ne puis empêcher, dit-il, M. le ministre de la Guerre de se rendre à Paris, s'il le juge convenable; mais je lui déclare que mon gouvernement ne changera pas un mol à ce que je lui dis aujourd'hui en son nom ; et je désire que soit constaté dans un protocole que c'est contrairement à mon avis que ce voyage s'accomplit dans les circonstances présentes. . . Qu'espérez- vous ? Discuter la question ? Mais au point où elle est arrivée elle n'est plus discutable... Vous pensez que le ministre de la Guerre obtiendra de M. Drou3'n de Lhuys et de lord Clarendon de nous désavouer et de changer des délibérations prises en commun après mûres délibérations! Comment pouvez-vous croire que nous approuvions une démarche semblable, aussi insolite dans la forme que blessante dans le fond'. » Et ayant exprimé ses regrets de la décision du Conseil sarde, il fit entendre que sa réplique de ce chef était catégorique : insister sur la mission de La Marmora, c'était
1. Le duc de Guiche à M. Drouyn de Lhuys, 9 janvier i855; d'après Cavour le duc « alla jusqu'à dire que le ministre de la Guerre serait mal reçu, et autres choses également peu aimables » (à Villamarina, 11 janvier 1855).
abandonner le projet d'accession, et d'ailleurs rien n'empêchait le Piémont de conserver son attitude de neutralité bienveillante.
Ce discours, « très bien inspiré* », appuyé par M. Hudson, fit une forte impression sur les ministres, mais sans les con- \ aincre en rien d'autre que de la nécessité de céder: « Si nous avions été animés d'un moins grand dévouement aux intérêts de notre pays, a écrit Cavour le surlendemain, si nous n'avions pas été pénétrés de l'importance de ne pas envenimer et de ne pas laisser traîner en longueur des négociations aussi délicates et difficiles, nous aurions rompu tout à fait avec M. de Guiche pour recommencer de traiter soit à Londres, soit à Paris. » Cavour était assez bien renseigné pour connaître par avance la décision de M. Drouyn de Lhuys, et celle de lord Clarendon était sous ses yeux : une nouvelle négociation au quai d'Orsay ou à Saint-James Palace était condamnée à un échor certain ; il fallait rompre ou traiter. La rupture, c'était l'isol*^ment, la fin d'un grand et profond dessein; il traita. « Il n'esl pas question de rompre, reprit-il avec vivacité. La neutralit» n'existe plus, par le fait même de cette discussion nous avon> abandonné la neutralité. Pour justifier devant l'opinion publique la signature du traité, le gouvernement du roi a besoin de voir dans un écrit les assurances de sympathie des deux puissances occidentales. A titre de transaction ne pourrait-on insérer, non dans un traité, mais dans un protocole qui en précédera la signature, les raisons que nous avons pouf e.xpliquer notre réserve, particulièrement en ce qui concerne les séquestres"? »
L'invention était ingénieuse, de cette souplesse où Cavoui enveloppait sa ténacité ; les deux diplomates demandèrent A