Dabormida, Diario, Chiala, loc. cil
i M.i-sari, Vitforin Emnnuele, p. 175.
en délibérer, se retirèrent dans un salon voisin, et décidèrent d'accepter la proposition de Cavour, mais à condition que le protocole ne serait ni publié ni connu du public, qu'il ne contint aucun engagement pour l'avenir ni aucune opinion ou jugement sur le présent, qu'enfin il se bornât à mentionner la question des séquestres sans faire allusion aux conditions politiques de l'Italie. Us préparèrent un projet de protocole dans cet esprit'. En voici le texte :
« Le ministre des Affaires étrangères. Président du Conseil, exprime le désir de son Gouvernement d'accéder au traité du 10 avril, et regrette de voir, d'après les communications qu'il a reçues des ministres de France et d'Angleterre, que leurs instructions s'opposent à ce qu'ils puissent signer aucune note secrète ou publique par laquelle leurs Gouvernements promettraient d'employer leurs bons offices pour engager le gouvernement autrichien à lever les séquestres des biens situés sur son territoire et appartenant à des sujets sardes. Il désirerait savoir, avant de lier la Sardaigne à la France et à l'Angleterre par un traité d'alliance aussi intime, si quelques circonstances nouvelles, en modifiant la politique de ces Puissances, ont motivé la réserve dans laquelle se renferment leurs représentants.
« Le ministre de S. M. Britannique, prenant la parole en son nom personnel et au nom de son collègue le ministre de France, répond que les Gouvernements alliés, loin d'entretenir vis-à-vis du Gouvernement sarde des sentiments moins amicaux que par le passé, croient au contraire lui donner une preuve nouvelle de leur amitié, en l'invitant à entrer dans leur alliance. En ce qui concerne la question des séquestres, ils ont souvent, mais toujours en vain, interposé leurs bons offices près du Gouvernement de S. M. 1 Empereur d'Autriche. Il est évident que si les Gouvernements de France et d'Angleterre, dans un traité public ou secret avec la Sardaigne, signaient quelque article qui eût rapport à cette question, cette démarche, en blessant l'Autriche dans son honneur, rendrait la mesure désormais impossible et éloignerait
1. Texte dans Bianchi, Storia doeumenlata, t. VII, p. 545. II a été amendé sur quelques points de détail, et après la démission de Dabormida, notamment dans l'indication du nouveau ministre des Affaires étrangères.
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à jamais peut-être la réalisation du but que poursuit le Gouvernement sarde.
« L'alliance du Gouvernement sarde aux Gouvernements de Leurs Majestés promet au contraire un ensemble de circonstances dans lesquelles les bons offices des puissances pourront se produire avec de meilleures chances de succès. »
Ceci constaté, le ministre des Affaires étrangères se déclarait autorisé par son souverain à signer en son nom l'acte d'accession et une convention militaire; on prendrait un jour prochain pour procéder à leurs signatures dès que les ministres de France et d'Angleterre auraient reçu à cet effet les pleins pouvoirs nécessaires.
Pendant que Guiche et Hudson rédigeaient ce texte dans leur salon réservé, les ministres sardes délibéraient à nouveau : Cavour et La Marmora acceptaient protocole et traité, Dabormida s'y opposait, Rattazzi hésitait, plutôt hostile. Quand les plénipotentiaires revinrent et lurent leur projet, Cavour, irrité de la lutte, déclara brusquement qu'au nom du gouvernement royal il acceptait les deux actes. Tous étaient un peu nerveux. Guiche lui demanda s'il necroyaitpasdevoirsoumettre les textes au monarque. « Le roi n'entre pas dans ces discussions, moi seul suis juge de ce qui doit être dit. — Vous avez mal compris mes paroles, répartit le duc, il vous appartient (le juger ce que vous devez faire; mais à moi de savoir ce (|ue je dois faire. » Cavour réfléchit, et vers, deux heures du matin, se rendit auprès de Victor-Emmanuel : le roi n'hésita pas un instant et approuva le Président de son Conseil.
Dabormida donna immédiatement sa démission; avec une grande loyauté', il se considérait comme trop engagé sur l:i question des séquestres pour signer un traité où elle n'était point po.séc et ajoutait que sa présence eût été un obstacle ù
1. Degli Albert!, Per la Sloria deU'AUeariza..., préface p. xvii-xviir.
la suite des négociations. Cavour prit par intérim le portefeuille des Affaires étrangères, qu'il eût voulu confier définitivement à Massimo d'Azeglio; le chevalier s'excusa sur l'état de sa blessure, « sa maudite jambe* » ; en réalité il ne lui convenait pas de travailler avec ce « diable d'homme », tenace en ses desseins; Paleocapa voulait suivre Dabormida, Cavour lui persuada qu'il n'était pour rien dans l'affaire des séquestres' ; Rattazzi, engagé de la veille dans les débats sur les congrégations*, qui lui tenaient à cœur, n'hésita point à conserver son portefeuille.
Le lendemain de cette nuit historique, au matin, le duc de Guiche et sir James Hudson étaient mandés par un billet de Cavour, qui leur apprit la démission de Dabormida, l'autorisation donnée par le roi de signer le protocole qui devait précéder l'acte d'adhésion et la convention militaire, ses nouvelles fonctions de ministre des Affaires étrangères. Rendez- vous fut pris dans la soirée pour l'échange des signatures.
A huit heures du soir, ce 10 janvier 185S, le protocole était signé en triple expédition, avec jonction d'un projet d'acte d'adhésion et d'une convention militaire " ; une convention financière fut ultérieurement passée avec le gouvernement anglais, par laquelle celui-ci avançait de suite, en prêt, un million de livres sterling et s'engageait à fournir même somme si la guerre ne finissait pas dans les douze mois. L'acte d'adhésion était fort simple, constatant l'invitation adressée au gouvernement sarde par les deux puissances alliées d'accéder à la convention du 10 avril, la volonté du Roi de Sardaigne