‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 188 sur 247 · Cavour 'a E. de La Riie, 29 janvier · texte numérisé non relu

Cavour 'a E. de La Riie, 29 janvier

5. « Il ne comprit pas l'expédition de Crimée », à écrit Lucia Pagano dans un article sur Angelo Brofferio nel Parlamento subalpino, Revue Nuora A7itologia du 16 janvier 1920, p. 190, où sont notées d'une manière intéressante les évolutions politiques du vigoureux orateur.

après, et chaque parti affirma son opinion, notamment la droite par Revel et La Margherita, l'union des centres par le général Durando, l'extrême gauche par Brofferio ; l'histoire a enregistré les paroles lapidaires du dernier : « L'alliance est économiquement une grande légèreté, militairement une grande folie, politiquement une mauvaise action ». Le Président du Conseil prit la parole le 6 février pour soutenir d'un grand discours la ratification du traitée Après en avoir, à larges traits, exposé l'historique, il aborde directement la (question : « Avant tout, le gouvernement a dû considérer en quel sens la guerre d'Orient pouvait influer réellement sur l'état de nos afTaires, et si vraiment nos intérêts matériels et politiques nous conseillaient d'y prendre part ». Si la Russie remporte la victoire, elle « acquerra une prédominance absolue dans la Méditerranée, une prépondérance irrésistible en Europe. Eh bien, messieurs, l'une et l'autre de ces conséquences ne pourraient qu'être fatales aux intérêts du Piémont, de l'Italie ». Après avoir exposé dans leurs détails « les immenses intérêts engagés pour nous dans la guerre d'Orient », l'orateur examine « comment la question de notre participation à la guerre doit être envisagée au point de vue pratique. Nous n'avions que l'un de ces deux partis à prendre : accéder au traité ou demeurer neutres. » En fait, la neutralité était impossible : matériellement, « car nous ne pouvions rester neuties sans entraver indirectement, et d'une manière tout à fait indépendante de notre volonté, les opérations des puissances occidentales, et sans faire les afîairos de la Russie » ; moralement, parce que la « neutralité nous aurait laif perdre les sympathies du grand parti libéral t'uropéen, qui s'est résolument déclaré en faveur de la guerre. Si, contre tous nos intérêts,

1. Arlom et Blanr, (JEuvre parlementaire de Cavotir, p. i.'.Mt it 262.

nous avions refusé d'y prendre part après y avoir été invités, nous aurions vu baisser aussitôt la considération que les hommes éclairés ont pour le Piémont : c'eût été un grand malheur... L'alliance était donc inévitable. »

Certes, le Président du Conseil ne dissimule point tous les inconvénients de l'accession : charges financières, objections économiques, difficultés militaires, conséquences politiques ; mais il faut les opposer aux avantages. « Notre entrée dans l'alliance est-elle nuisible ou avantageuse à l'Italie ? Voilà lo point à résoudre, la question à laquelle il faut répondre. Eh bien, je dis que le traité sera très utile à l'Italie. Nous sommés entrés dans l'alliance en maintenant nos sympathies, comme nous maintenions nos principes à l'intérieur. Nous n'avons donc pas caché notre haut intérêt pour l'avenir de l'Italie et le très vif désir que nous avons toujours nourri de voir un jour son sort amélioré. Mais comment, me dira-t-on, ce traité pourra-t-il servir la cause de l'Italie ? Je réponds qu'il la servira de la seule manière qu'il soit possible dans la situation où se trouve actuellement l'Europe. L'expérience des dernières années, l'expérience des siècles a démontré... combien peu ont valu à l'Italie les conjurations, les complots, les révolutions, les mouvements désordonnés... La condition principale de l'amélioration du sort de l'Italie, celle qui passe avant toutes les autres, est de relever sa renommée, de faire que toutes les nations du monde, que les gouvernements, que les peuples rendent justice à ses qualités. Pour cela, deux choses sont nécessaires : il nous faut d'abord prouver à l'Europe que l'Italie a assez de sagesse civile pour se gouverner librement, qu'elle est en situation de se donner la forme de gouvernement la plus parfaite. Il faut, en second lieu, établir que la valeur militaire est en Italie ce qu'elle y était du temps de nos aïeux ... La gloire que nos soldats sauront rapporter des rivages de

rOrient fera plus pour l'avenir de l'Italie que n'ont fait toutes les déclamations du monde... »

Ainsi parla Cavour. Grande éloquence ? non, mieux : une parole claire au service d'une argumentation sensée, toute de raison, ne disant que ce que voulait le ministre, et omettant, sans fraude ni imprudence, les autres et plus fortes causes de la convention. Bref, le langage d'un homme d'État.

La délibération se prolongea encore trois séances, nerveuses, fertiles en incidents dont un fort vif entre Revel et Cavour ; le leader de la droite en donna sa démission de dépit ; la Chambre lui demanda de la reprendre, sur l'initiative de Cavour, généreux à pardonner à ceux qu'il avait houspillés. Enfin, le 10 février, la convention fut approuvée par 101 voix contre 60, majorité légèrement supérieure à celle pronostiquée par Cavour. Les centres avaient voté en bloc avec le cabinet ; la minorité comprenait la droite, tenace en sa rancune, l'extrême gauche, quelques députés génois. Détail piquant, le marquis Gustave de Cavour avait voté contre la convention passée par son frère.

Le Président du Conseil porta de suite les actes au Sénat ; dans une assemblée où le parti conservateur était fortement représenté, il avait « de sérieuses craintes sur le sort de la loi » et pourchassait ses partisans pour le vote*. En fait, le débat était épuisé, le pays avait pris son parti avec une netteté telle que la Chambre haute ne pouvait s'y opposer ; la convention avait au Sénat un défenseur de splendide envergure, Massimo d' Azeglio ; enfin les deuils dont était accablé le roi empochaient plusieurs sénateurs, ses amis personnels, de crilicjUfT piibli(ju('menl un acte dont il était le partisan, voire même l'inspirateur notoire. Cavour n'eul presque pas à inter-

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