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Cavour au marquis Bauli, sénateur, 12 février ISîiS

venir. Le 3 mars, le Sénat approuvait les conventions par 65 voix contre 27.

Le lendemain, les ratifications étaient échangées entre Cavour et les plénipotentiaires anglais et français. Et le même jour, 4 mars, le roi notifiait l'alliance au pays, dans un manifeste, œuvre du Président de son Conseil, où « il rappelait à leur antique loyauté ses peuples aimés, ses vaillants soldats, confiant dans la protection de ce Dieu, qui, depuis plus de huit siècles, a conduit à de glorieux succès la monarchie de Savoie^ ».

Les hautes parties contractantes travaillèrent à l'exécution immédiate du traité. La convention financière avec l'Angleterre regardait uniquement Cavour, muni des deux portefeuilles des Finances et des Affaires étrangères : sa compétence en matière bancaire, ses relations personnelles à Londres lui simplifiaient la besogne, et très heureusement pour son pays, car, il le confessait sans ambages, « lorsque nous avons signé le traité, nous étions loin de nous imaginer combien sont énormes les dépenses d'une expédition de la nature de celle que nous allions entreprendre^ » ; encore fallût -il qu'il pressât TAngleterre « de ne pas marchander avec nous » ; dans l'ensemble, il n'y eut point grandes difficultés ici.

Mais il n'en fut pas de même pour la convention militaire, apanage du ministre de la guerre ; le général Alphonse La Marmora avait été désigné pour le commandement du contingent sarde, et le monarque n'avait pas le choix, c'était le seul homme de guerre du royaume ; la charge entière de l'expédition lui incombait donc, comme ministre et comme général

1. Le 13 mars, en suite de son accession à la convention du 10 avril 1854, la Sardaigne signait un traité avec la Turquie.

2. Cavour à E. dAzeglio, 23 avril 18ob. De nombreuses lettres adressées au diplomate sarde à ce sujet ont été publiées par Bianchi. La politique de Cavour de 1852-1861, p. 36 et suiv.

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en chef; il partit pour s'entendre avec les cabinets alliés ' ; peut-être fut-il reçu à Paris avec quelque distraction, — le maréchal Vaillant croyait que l'armée sarde était « à la solde de l'Angleterre », — et à Londres avec quelque hauteur; « il est très difficile de tirer quelque chose des Anglais et surtout de Russell », lui avait annoncé Napoléon III. A ce moment, quelque frottement se produisait entre les deux grands alliés, sur le transport des troupes, sur le voyage en Crimée projeté par l'Empereur et redouté de l'Angleterre; ce n'était point pour simplifier la tâche de La Marmora, qui avait son franc parler ; bref, de légers malentendus se formèrent qui soulevèrent « l'irritation du cabinet anglais" » et s'aggravèrent lorsque La Marmora se trouva devant Sébastopol, isolé de tout conseil immédiat. Grâce à un vigoureux travail, le roi put passer en revue le contingent expéditionnaire le 14 avril au champ de manœuvres d'Alexandrie \, — et à la fin du mois les troupes s'embarquèrent pour la Crimée. 11 faut le reconnaître, pour une armée point préparée à pareille opération, où il avait fallu tout improviser, cette promptitude constituait un vrai succès.

Pendant ces préparatifs et l'ardente l)ataille sur la loi des congrégations, Cavour suivait deux négociations importantes, suites du traité avec les puissances alliées, l'une relative aux relations avec l'Autriche, l'autre concernant la participation du Piémont aux conférences intornationalos.

L'alliance avec l'Angleterre et la France amenait le gouvernement sarde à envisager la modification de ses rapports avec

1. D'après les lettres adressées de Paris et de Londres par La Marmora. Degli Alberti, p. 102 et suiv.

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