‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 193 sur 247 · il. Thouvenel au duc de Guiche, 7 avril · texte numérisé non relu

il. Thouvenel au duc de Guiche, 7 avril

i. Le duc de Gramont à M. Walewski, 13 juin 1853.

tenue à Vienne S sans le Piémont, à son dépit. La participation aux débats internationaux nés de la guerre avait été une des ambitions, parfaitement légitimes, du gouvernement sarde dès le début des délibérations sur lalliance : qui dépense sang et argent a droit d'en connaître l'emploi. Lors donc que les puissances belligérantes se réunissaient à Vienne, auprès d'une cour neutre, il sembla au Piémont, belligérant aussi, que sa place y était également. Nulle invitation ne vint. Le 22 mars, Cavour envoyait à son délégué en France, Villamarina, une dépêche, dont celui-ci devait laisser copie au ministre du quai d'Orsay, exprimant ses regrets que « le Piémont, sans représentant accrédité à Vienne, ne pût prendre une part quelconque aux conférences qui se sont ouvertes dans la capitale de l'Autriche... Cette circonstance place la Sardaigne dans une position non moins fâcheuse qu'exceptionnelle^. » Et il exprimait l'espoir que « si les négociations de Vienne amenaient la signature d'un traité de paix, ce traité ne pourrait avoir lieu sans que la Sardaigne y prît une part directe ». M. Thouvenel, qui faisait l'intérim du ministère pendant que M. Drouynde Lhuys était à Vienne, lord Clarendon, qui avait reçu analogue communication, n'y répondirent que par de vagues promesses; Cavour était mécontent.

Le Piémont ne fut donc point convié aux conférences de Vienne; elles se terminèrent médiocrement, sur un protocole en six articles tentant de régler tous les litiges d'Orient, mais qui ne donnait pas satisfaction à l'Anglclcrre ; à son retour à Paris, M. Drouyn de Lhuys, désavoué j)ar l'empereur Napoléon, se retira avec dignité du quai d'Orsay et fit place à

i. On comptait que la mort de Nicolas, survenue le 6 mars, pouvait amener une détente entre les beiligt'ranls.

2. Cavour ù M. de Villamarina, 22 mars 1855 ; kE. d'Azcglio, 11 avril

M. Walewski' ; M. Thouvenel, directeur des Affaires politiques, était nommé ambassadeur àConstantinople. Le gouvernement sarde se trouvait donc en présence d'un ministère entièrement renouvelé ; il en profita pour reprendre la question de sa participation aux conférences.

Cavùur avait été absorbé pendant quelques semaines par la crise politique née de l'incident Calabiana" ; dès qu'il fut confirmé dans ses fonctions de ministre des Affaires étrangères, il écrivit au marquis de Villamarina une longue dépêche pour exposer l'opinion de son gouvernement sur les négociations de Vienne^ et peu de jours après il s'expliquait très nettement avec M. de Gramont sur les protocoles qui en étaient résultés. « En premier lieu, dit-il au diplomate français, le cabinet de Turin s'est montré, sinon blessé, du moins surpris, de n'avoir reçu aucune communication directe et de n'avoir appris le détail des conférences que par la publication qui en a été faite par les journaux. » Critiquant les protocoles qui préparaient la paix même pour la Sardaigne et malgré l'absence de celleci, il en concluait : « Le Piémont est placé en dehors du concert européen qui doit succéder à l'état actuel ». Il déclarait qu'une fâcheuse impression en était résultée dans le pays. « On craint, ajoutait-il, que l'amitié de la France et de l'Angleterre se borne pour l'avenir, comme pour le passé, à une abondance de paroles vaines et sympathiques, sans qu'aucun avantage résulte de cette affection stérile *. » Et, de fait, les adversaires du traité, ceux de droite comme ceux de l'extrême gauche, ne manquaient pas de dauber sur cette guerre

1. D'Harcourt, Les quatre ministères de M. Drouyn de Lhuys, p. 142 et suiv.

Page 1