‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 194 sur 247 · M. de Gramont à M. Walewski, 23 mai · texte numérisé non relu

M. de Gramont à M. Walewski, 23 mai

inutile; mieux eût valu se rapprocher de l'Autriche en sacrifiant la constitution, — insinuaient les premiers ; il eût été préférable de Imsser les soldats sur le Tessin, — clamaient les seconds.

A ce moment, Cavour passait le département des Affaires étrangères à celui des ministres qui l'avait, en Conseil, le plus fortement appuyé pour réclamer l'accession à l'alliance, Cibrario (31 mai). Mais lui-même continua à diriger, en fait, la politique extérieure. Gibrario fut pendant quelques mois ce qu'au XVIII* siècle, on appelait un « premier commis », excellent d'ailleurs, sûr, prévoyant, collaborateur de premier ordre, mais traduisant une inspiration que Cavour ne cessa de donner, tant qu'il fut ministre, personnelle, à la marque de son génie.

Le lendemain môme de sa nomination, Cibrario envoyait à son représentant à Paris une note revendiquant le droit pour la Sardaigne de prendre part aux négociations de paix, « droit reconnu, disait-il, en principe par le gouvernement français », et dont il importait maintenant de préciser les modalités ^ Des négociations très serrées s'ensuivaient entre les cabinets français et anglais, et, après de multiples dépêches '■, le 17 juin, M. Walewski remettait au marquis de Villamarina une note-réponse, constatant l'accord des deux gouvernements pour admettre que « le plénipotentiaire sarde prendrait part à toutes les discu.ssions dans lesquelles les intérêts particuliers de la Sardaigne se trouveraient impliqués; les représentants de la France et de TAnglcterre auraient soin de le tenir complètement informé des ouvertures ou dos projets d'intérêt général qui seraient produits ou discutés dans les séances aux-

i. Cibrario à Villamarina, 1" juin 1855.

2. Notamment lord Clarendon à lord Cowley. 13 juin ; Walewski à F'ersiguy, 25 juin ISfK).

quelles il ne serait point appelé; le délégué sarde signerait le traité final ».

Cette solution ne donnait point satisfaction au gouvernement sarde, qui entendait être traité en égal, non en « moindre puissance », et Cibrario en marqua quelque aigreur. « Les grandes puissances veulent s'octroyer un monopole », répliqua-t-il à M. de Gramont; et celui-ci d'observer avec finesse dans sa correspondance : « Je ne sais si le comte de Cavour eût pensé comme M. le chevalier Cibrario, mais certainement il ne l'eût pas dit. . . Il sait la force, la richesse, la valeur de son pays;... il a un but, il y marche \ »

Le débat continua toute l'année, et ne se termina, à la veille même du Congrès, qu'à l'avantage delà Sardaigne.

Une maladresse de Napoléon III souleva de nouvelles plaintes; dans le discours impérial à l'ouverture du Corps législatif, où les troupes anglaises étaient couvertes d'éloges, il n'était mot du corps sarde; d'où, « quelque amertume » pour le cabinet de Turin, vives attaques de l'opposition : le ministère a sacrifié le pays uniquement « pour se faire soutenir par le gouvernement de l'Empereur^ ». Une note au Moni/eur universel, le 12 juillet, dut donner des explications de nature à satisfaire le Piémont; une phrase parmi d'autres, y était de haute importance et l'on s'en réjouit à Turin : « Associés dans la guerre, y était-il écrit, les gouvernements anglais, français, piémontais, le seront encore dans les négociations, lorsque la paix sera conquise par les armes. Dangers, honneurs, avantages, tout sera partagé. »

Cependant les troupes sardes étaient arrivées en Crimée, prêtes à se battre^. Les débuts de l'expédition ne furent point

1. Leduc de Gramont à M. Walewski, 4 juillet 1855. Cf. Degli Alberti,p. xv.

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