M. Walewski au duc de Gramont, \\ septembre
Et Cavour écrivait en plaisantant : « Le pape nous a fulminés..., mais il accorde l'autorisation aux curés de recevoirles salaires que la caisse leur alloue... Le clergé recevant l'argent des couvents n'aura pas bonne grâce à maudire la main qui le secourt* ».
A l'intérieur, autres difficultés : les partis extrêmes s'agitaient; leurs journaux jetaient feu et flamme contre le cabinet, contre le pape, contre l'empereur des Français, contre l'expédition de Crimée. Le roi, déprimé par ses malheurs privés, s'occupait difficilement d'affaires publiques. Le pays était découragé par l'inaction du corps expéditionnaire, « une chose lamentable », confessait Cavour dans l'intimité. Et comprenant que sa vie politique se jouait sur l'expédition, il ajoutait avec mélancolie : « Je sens ma fin approcher' ».
Brusquement, tout changea ^ Le 16 août, les Russes attaquèrent à l'improviste le secteur tenu sur la Tchernaïa par le contingent sarde; un avant-poste se replia avec méthode, les deux divisions sardes accoururent à la rescousse et réagirent fortement ; la bataille continua sur la droite, au pont de Traktir, et les troupes françaises s'engagèrent. Au soir, les Russes se sauvèrent en désordre, ayant éprouvé de lourdes pertes. C'était la victoire, due à la vaillante résistance des Italiens, et que le général La Marmora annonça au roi dans un télégramme empreint de fierté et de modestie*.
L'enthousiasme fut vibrant à Turin, dans tout le royaume.
i. Cavour à K. d'AzeglIo, 7 aoftt ; à Santa-Rosa, 9 aortt : à La Marmora, 14 août; cpr. G. Leti, Rotna e lo Stalo Poulifico dal 1S49 al 1870, p. 334.