Degli Alberti, Per la Sloria, p. xvir
4. Cavour à Rattazzi, U septembre; à La Marmora, 28 septembre ISof. .
5. Cavour à La Marmora, 28 septembre 1855. On dira plus loin les longues conséquences de l'entrée de la Sardaigne dans la guerre de Crimée. Inf'ra, p. 402 et suiv.
L'Exposition universelle de 1855 resplendissait de toutes ses fêtes; la reine d'Angleterre y avait fait visite; le « troisième allié » devait la suivre.
L'importance d'un tel voyage était manifeste ^ : il était du plus haut intérêt, pour l'avenir du Piémont et de l'Italie, de resserrer étroitement les relations qui les unissaient à l'Empereur, alors à l'apogée de sa puissance. De vieux et chers souvenirs de jeunesse agissaient sur Louis-Napoléon en faveur de la cause italienne, et Napoléon 111 ne les avait point oubliés" : dès 1849, il parlait d'intervenir en faveur du Piémont ; en 1852, en 1853, il disait à La Marmora, à Cavour, à Rattazzi son affection pour l'Italie; en 1854, il avait donné à entendre à Villamarina que si le gouvernement sarde entrait dans l'alliance des puissances occidentales, il ne trouverait point en lui un ingrat ; afin de tirer tout le bénéfice de cette alliance, il était donc indispensable pour le monarque sarde et son habile conseiller de s'entretenir personnellement avec le tout-puissant empereur, de sonder quels étaient ses desseins, de l'amener à une intervention directe et active.
Ce voyage était non moins opportun pour le roi lui-môme : des deuils cruels et répétés, de longs combats à propos des congrégations livrés contre les prêtres, contre des amis personnels et môme dans sa propre famille, la crainte de Dieu, voire du diable, l'avaient profondément déprimé. Dès le mois
1. Sur ce voyage, cf. l'intéressant article de II. Nelson Gay, Villorio Emanuele e Cavuur a Parigi e a Londra, dans les Miscellanea di studi tlorici in onore di A. Mantio (l'Jl2), II, |). 7i-'J3.
2. Cpr. les nombreuses citations de Uianclii, Sloria documentata, t. VII, . 2i7 et siiiv., cf. infra, p. 368.
LA GUERRE DORIENT 83?.
de juin, Cavour pensait « que pour faire sortir le Roi de l'état d'abattement où l'ont plongé les malheurs qui l'ont accablé, il serait ulile de le décider à faire un voyage eu France et en Angleterre » '. Mais Victor-Emmanuel avait déclaré qu'on ne pouvait point lui en parler avant qu'il fût sorti de son deuil. Des amis avaient espéré qu'il se remarierait ; il en avait écarté l'éventualité. Il était retombé sous la coupe de la Vercellena, Rosine disait-on familièrement, qu'il avait installée dans la résidence royale de Pollenzio ; fille d'un tambour-major et restée telle, belle créature, bonne fille, dévouée, mais vulgaire, dépourvue de toute éducation comme de tact naturel, elle ne cherchait point à jouer un rôle politique qu'elle n'eût d'ailleurs nullement compris. Mais elle régnait sur le cœur et les sens du roi". Le comte de Reiset, avec qui Victor-Emmanuel était lié d'une amitié sincère, l'avait trouvé, dans cet été de 1855, très changé, négligé de sa personne, abandonné de tous, « les ministres ne se gèneiient pas avec lui, qu'ils traitaient comme le premier venu » ^. Un voyage à l'étranger ne pouvait que le sortir de ses habitudes et de lui-même, le distraire par de nouveaux visages, à la terreur de Rosine qui le connaissait trop.
L'Empereur, pressenti en juin, avait accueilli ce projet « avec le plus grand empressement » ; la reine d'Angleterre non moins. Au début de septembre, on fixa le voyage au 20 octobre *, Walewski garantissait un « accueil cordial et sympathique... au prince dont les qualités chevaleresques et la politique généreuse sont si hautement appréciées en