‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 20 sur 247 · Maui, // Risorgimenlo, II · texte numérisé non relu

Maui, // Risorgimenlo, II

tendu était dissipé... Le lendemain une émeute éclatait à Rome, le ministère s'effondrait, un nouveau cabinet le remplaçait, d'ailleurs également libéral et patriote, mais sans influence sur le pape qui n'acceptera désormais que les avis de son cénacle, dont Antonelli était l'âme.

Les conséquences de Tencyclique furent immédiates : aux armées, où les contingents romains, ayant peur d'être considérés comme des francs-tireurs, perdirent toute discipline ; à Florence, d'où le grand-duc, — assez mal disposé, tout débonnaire qu'il fût, envers Charles-Albert en qui il redoutait un rival convoitant sa propre couronne, — envoyait sur le Iront lombard des contingents « d'une insignifiance ridicule » ; à Naples où elle fournissait une excellente occasion au roi de se dérober, par obéissance de fds soumis de l'Eglise . Le Parlement devait se réunir à Naples le i5 mai, après des élections qui avaient donné la majorité aux libéraux modérés ; c'étaient de bien braves gens, ils avaient le nombre, mais ils n'avaient pas l'énergie. Une camarilla de courtisans, d'officiers et de prêtres se remuait à droite, jetant la terreur dans les sacristies : si bien que le sang de saint Janvier refusa de se liquéfier, — jusqu'à ce que la garde nationale eût protesté de telle manière contre ce manque de confiance, que le miracle se produisit. A gauche, des exaltés de la Calabre et de Salerne s'agitaient, et, sur le bruit que le roi ne voulait plus accepter de nouvelles réformes, commencèrent à élever des barricades. C'était pour la réaction la belle occasion, que Ferdinand ne manqua point' : le 15 mai, il massa 15.000 hommes de troupes devant le Palais royal, les gardes nationaux se jetèrent à l'étourdie sur eux, et, jusqu'à la nuit tombée, ce fut un hideux massacre. Le lendemain, l'insurrection était écrasée, le parti

1. G. Paladino, La revoluzione napoletana nel 1848 (Milan, 1917) et II i-5 maggio del 1848 a Napoli (Rome, 19:21).

Gavour. — II. 3

réactionnaire triomphait, et c'en était fini de l'intervention napolitaine en faveur de l'unité italienne. Le général Pepe reçut l'ordre de ne plus bouger ^

Môme dans les Etats en révolte contre l'Autriche, l'entente n'était point complète. Si Parme et Modène acclamaient l'union avec le Piémont, Venise pour l'heure préférait la république, et à JMilan les radicaux murmuraient contre les ambitions de la maison de Savoie. Alors qu'il eût fallu s'unir, chacun tirait à part soi. « L'homme a l'usage de la raison tout exprès pour déraisonner », soupirait Massimo d'Azeglio".

Tout ceci n'était point pour encourager Charles- Albert,, naturellement porté à un sombre pessimisme. Il recevait à son quartier général les visiteurs les plus divers : M^' Corboli Bussi, dont les négociations en faveur d'une ligue italienne sous la présidence du pape, tombaient devant le refus poli du roi et la virevolte de Pie IX^; Gioberti, qui constatait la faillite des projets du Primato, reconnaissait dans l'intimité que le pouvoir temporel du pape était compromis, et se ralliait à la combinaison piémontaise; Garibaldi, accouru d'Amérique, où il guerroyait, pour oflrir son épée, sa chevaleresque ardeur, son entraînant prestige, à qui délivrerait l'Italie du joug étranger et qui fut maladroitement éconduit par le roi * ; voire un émissaire de Mazzini % avec qui le monarque ne s'entendit pas, mais pas du tout. Dans un doute profond ce prince se plongeait.

l. Tout en reconnaissant son courage, on a reproché au général Pepe d'avoir montré bien de la légèreté et de l'incapacité au cours de ces événements. G. Paladino, G. Pepe e ilritorno délie tvuppe napol. daWalla Ilalianel UiS (Rome l'Jl'J).

i. M. d'Azeglio à Doubet, 26 mai 1848, de Vicencc. Correspondance, p. 39.

Page 1