Comte de Reiset, Mes Souvenù's, t. H, p
lier du Palais. S. M. impériale a embrassé son auguste allié et l'a conduit auprès de l'impératrice qui l'attendait suivie do ses dames en haut de l'escalier* ».
Pendant près d'une semaine, on multiplia les fêtes : dîner de gala aux Tuileries, bal à l'Hôtel de Ville, raout à la Légation sarde, visite à l'Exposition, revue au Champ de Mars, soirées à l'Opéra et au Gymnase, grandes eaux à Versailles, chasse à Saint-Germain : la cure de distraction était complète et Victor-Emmanuel s'y plongea joyeusement ; il se plut partout, spécialement à l'Opéra, pendant le ballet; sa verve gaillarde était revenue et s'exprima en termes d'une verdeur gauloise". Pauvre Rosine! D'ailleurs gentilhomme de cour à l'occasion, d'une politesse raffinée et habile sous ses dehors de brusquerie. « J'aime beaucoup le roi de Sardaigne, disait plus tard l'impératrice ; il me paraît loyal et franc. »
Pendant ces festivités, Cavour courait la ville retrouver ses amis de tous les partis. « De six heures du matin à deux heures après minuit, je suis toujours en mouvement. Je n'ai jamais eu une vie plus agitée », écrivait-il '. La liste de ses visites et rencontres est amusante et variée : M. Thiers, qui « approuve la guerre, mais veut maintenant la paix » ; le prince Napoléon *, comme s'il pressentait en lui un allié dans ses grands desseins ; Montalembert, « malgré le peu de sympathies réciproques, nous nous sommes serrés la main » ; le nonce du pape, à qui Cavour parla d'un « accord sur la base du système français, il a fait semblant de no pas comprendre » ; Pércire, a un homme étonnamment hal)ilo, il a plus d'esprit
1. Moniteur universel du 24 novembre 18j5. L'impératrice, qui étail enceinte, ne par\i[ qu'aux réceptions des Tuileries.
2. Thouvenel, Pages de l'Histoire du second Empire (i90S), p. 233.
;t. Cavour li Rattazzi,27 novembre: ii T. E. de La Htie, 17 décembre i8.')5. 4. Com.indini. // principe \apoleone nel Hisor(/imeulo ilaliano, p. 49.
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que tous les banquiers de Paris réunis, son action chez nous peut être utile..., je suis certain qu'il ferait notre Dock, qu'il canaliserait le Pô et coloniserait la Sardaigne » ; Laffittc, avec qui il « finissait » les contrats sur la construction des chemins de fer en Savoie.
Il eût bien voulu avoir au quai d'Orsay une conversation sérieuse et serrée, mais il y était reçu avec une cordialité un peu distraite. Le moment était mai venu pour lui, car les cours de Paris et de Londres étaient en vives négociations avec le cabinet de Vienne ; l'Autrichien trouvait le Russe suffisamment battu pour qu'on pût aller sans risque vers ses ennemis. Aspirant àjouer le rôle de médiateur, le cabinet de Vienne multipliait les démarches, les dépêches et les propositions, en Occident comme en Orient, et les deux grands alliés se concertaient avec fièvre'. Encore des négociations doiit la petite Sardaigne était exclue, constatait avec dépit son premier ministre. Il relevait que l'Empereur et plus encore son gouvernement voulaient la paix. « Ils espèrent l'obtenir au moyen du concours de l'Autriche, qui, à ce qu'ils disent, est prête à s'engager à des conditions raisonnables. » Or, il était de l'intérêt de la Sardaigne que la guerre continuât, pour luj permettre de nouveaux sacrifices et de nouveaux exploits, garanties d'avantages réalisables lors de la paix. Aussi « les idées pacifiques de l'Empereur mettaient-elles le Roi de fort mauvaise humeur » ; son conseiller ajoutait : « J'en suis désolé, mais je ne sais qu'y faire ^ », et soupirait : « Jusqu'ici peu de Iruit^ ». 11 y eut toutefois de ces conversations un
1. Et les négociations étaient encore compliquées par M, de Persigny. ambassadeur de France à Londres, qui pratiquait avec splendeur l'art de susciter les froissements et embrouiller les questions. Persigny à Walewski, 6, 12 décembre 1853.