Duc de Gramont à Walewski, 3 janvier
3. Cavour à Villamarina, 26 décembre 1855; àE. d'Azeglio, 1" janvier 1856.
cette dépêche, le comte Walewski la soumit à l'Empereur. Après quelques corrections anodines, Napoléon III ajouta au crayon, de sa main, ces lignes : « Je trouve cette dépèche bien, mais il faudrait la terminer en faisant pressentir que si les conférences ont lieu nous tâcherons d'obtenir pour l'Italie tout ce qui nous semblera profitable et équitable ». La lettre fut ainsi modifiée et expédiée \
Cette annotation, jusqu'ici inédite, croyons-nous, est du [)lus haut intérêt : elle souligne avec force la divergence entre Napoléon et son ministre des Affaires étrangères, dans la politique à suivre sur les affaires italiennes ; elle indique que, dès ce début de janvier, Napoléon III était décidé « à faire quelque chose » en faveur de l'Italie, sinon matériellement, du moins moralement, dans les futures Conférences ; elle présage déjà les entretiens de l'Empereur et de Cavour, demain comme plus tard. Elle est comme le prodrome de la séance du 8 avril au Congrès.
Quand le duc de Gramont vint lui donner lecture de cette dépêche, le chevalier Cibrario, après avoir écouté attentivement chaque paragraphe, pria le diplomate français de les reprendre successivement, exprima sa reconnaissance pour les assurances sympathiques dont elle renouvelait le témoignage, — ceci pour l'addition dont il ne pouvait connaître l'origine — , et renouvela les arguments contenus dans la dépêche sarde du 29 décembre; accroissement anormal de l'Autriche, nécessité d'y mettre une limite en Itahe. Puis la conversation se fit plus intime et Gramont cherchai pressentir la solution piémonlaise. « Cette solution, manda-t-il à son ministre, existe et peut se résumer ainsi : Erection des Principautés en gouvernements indépendants placés sous l'autorité
I. Ln comU- Walewski au dur d»* rirtiriiont, ;") JHnvior 1856.
des Princes de la maison d'Autriche, Ducs de Modène, de Parme, etc.. Annexion des Duchés à la monarchie de Savoie... En annexant les Duchés au Piémont, on arrête l'essor inquiétant de la puissance autrichienne et l'on crée un contrepoids salutaire dans l'accroissement d'un État lié à la France ^ » Ces suggestions, qui ne devaient faire l'objet d' (( aucune communication officielle ni officieuse », avaient leur source dans le mémoire préparé à cette époque (on le dira plus loin) par le chevalier d'Azeglio pour Napoléon III, et furent renouvelées quelques semaines plus tard par Cavour dans ses entretiens avec l'empereur, elles constituaient, en quelque sorte, le tréfonds du confidentiel, et Cavour n'osa les renouveler dans sa lettre personnelle à Walewski, ne les reprenant que dans des conversations intimes, où les tours de phrase, les modulations de la voix, et jusqu'aux finesses du regard font tout passer.
Cependant les négociations du cabinet autrichien aboutissaient brusquement à une fin heureuse ; le gouvernement russe avait répondu d'abord par des contre-propositions qui avaient fait craindre une reprise des hostilités. Mais le tzar Alexandre percevait tous les inconvénients et tous les périls à continuer une guerre que lui-même n'avait point engagée ; après de lourds sacrifices d'hommes et d'argent, la nation russe accepterait-elle de les renouveler sans certitude de succès, car l'adversaire renchérirait en soldats et en dépenses ? On ne pouvait ignorer à Pétersbourg, qu'un conseil de guerre s'était réuni à Paris, entre les chefs des armées alliées ', et si