Cavour au comte Arese, 20 février
3. Tableau d'Edouard Dubufe, actuellement au ministère des Affaires étrangères, dans l'escalier des Archives, celui qu'entre habitués nous avons surnommé « l'oscalif^r fi" P^rpri,-,; ,.
gai, alei'te, séduisant par sa conversation spirituelle et toute en saillies, convaincant j)ar sa logique faite de clarté et de bon sens, joyeux compagnon, mais l'esprit toujours en éveil, de sang-froid, la volonté tendue vers la réalisation de son dessein, aux aguets de la « circonstance » dont tirer parti au bénéfice de son pays.
Dans sa correspondance, surtout dans ses lettres confidentielles à son représentant en Angleterre, — un trésor pour l'historien du temps, — il apprécie chacun selon les services qu'il peut rendre à la cause italienne. Quels sont ces interlocuteurs?
Le comte Walewski portait sur son visage quelques traits de Napoléon P% « c'était naturel », disait-on au faubourg Saint-Germain ; mais il n'avait rien de la volonté et de la pénétration paternelles ; il présida le Congrès avec aisance et dignité, débordé parfois, sans action ni habileté, suivant mal une politique qui n'était point la sienne; ce rageur deCavour s'en indignait, relevait a son incapacité gigantesque », le traitait de « notre ennemi constant, nous sommes par conséquent autorisés à lui faire une rude guerre » ', ce dont il ne Si' priva point. Le second délégué de la France, comte de Bourqueney, ambassadeur ti Vienne, diplomate de carrière, (ht haut savoir, jouait un rôle d utilité, au fond de la scène, mais de grands services. Il ne faut point oublier le secrétaire du Congrès, M, Benedetti, qui, d'une plume habile et émolliente, burinait les protocoles suivant les meilleures traditions de la ('arrière; « Corse do naissance et Italien de cœur», il donnait h Cavour les plus sages conseils'.
Le premier délégué de l'Autriche était pour le Sarde un
1. Cavour il Ca»lelli, 20 mars: à K. d'Azcglio. 21 et 2b mars; au marquis Sauli, 15 mai 1856.
i. Cavour à Castelli. Ki avril 18D6.
AU CONGRES l)K l'ARIS 365
redoutable et détesté adversaire ; les deux hommes s'étaient connus à Turin, d'où Buol, ministre d'Autriche, était parti avec fracas en mars 1848^; il avait suivi, depuis lors, une brillante carrière, chel de la politique autrichienne, qu'il avait menée habilement, trop peut-être, prétendant jouer au Congrès le rôle d'arbitre des destinées européennes, grisé par sa fortune, cherchant à s'imposer avec une hauteur « cassante' », mais sans parvenir à tirer de sa situation le parti qu'il espérait ; dès le début, le conflit s'éleva entre les deux diplomates, non à grand fracas, mais discret comme entre gens de bonne compagnie, d'autant plus redoutable, car le sarde ne se sentait aucune nécessité de ménager l'autrichien, et Buol pressentait bien le travail de sape de celui dont le second délégué autrichien écrivait dans son journal : « On sent, on voit, on reconnaît en lui le conspirateur ».
Les délégués russes, le comte OrlofT, splendide vieillard, et le baron Brunoff, très habile diplomate, avaient déplu d'abord à Cavour qui les trouvait « finassiers, retors^ », mais il s'en rapprocha par haine commune des Autrichiens. « L'œil d'Orlowest féroce quand il parle de ces messieurs », écrivait le premier délégué de Victor-Emmanuel. A sentir de même, les diplomates se rapprochèrent, percevant que leurs pays avaient des intérêts communs, point de rivalité, les « mêmes rancunes »* et leurs relations prirent un caractère d'amicale confiance. Vers la fin du Congrès, le comte Orloff dit à son collègue Cavour, en lui serrant la main : « J'ai écrit ce matin à l'Empereur que nous avions excessivement à nous louer des