Cavour n K d'Azpplio, 28 février
AU CONGRÈS DE PARIS :i67
entre les deux hommes, pour le plus grand bien de la Sar- (iaigne, car le diplomate anglais ne manqua point d'appuyer en toutes circonstances, avec une loyale fermeté, la cause italienne ; Cavour consulta sans cesse son collègue britannique, lui communiquant ses projets, ses notes, ses memoranda. « Tout notre espoir est dans Clarendon, écrivait-il,... il met uiie grande chaleur pour tout ce qui nous regarde, et je ne saurais assez nous louer de sa conduite envers nous ^ » Mêmes éloges sur lord Cowley, second délégué britannique.
Des Turcs il n'est guère à parler, qui jouèrent un rôle discret dans ce Congrès réuni à leur sujet.
Entre les séances du Congrès, Cavour multipliait, avec une activité dévorante, les visites, les réceptions, les démarches ; il n'est point possible de les citer toutes, mais il faut tirer hors pair sa conversation avec le nonce du pape, épineuse car elle roulait sur les différends de la Sardaigne et du Vatican , le prélat faisant appel aux sentiments libéraux du comte, celui ci répliquant par des théories de droit canon'', et ses entretiens avec deux grandes victimes de la cause italienne, Manin, le héros de Venise, et le marquis G. Pallavicino, le « martyr » des prisons autrichiennes, tous deux retirés à Paris ^; avec ces patriotes passionnés il n'était possible de parler que de la Patrie italienne; ils trouvèrent en Cavour une même ardeur, leurs idées se rapprochèrent, une sympathie naquit dont on verra plus loin les durables, les fécondes conséquences.
Séduire les Anglais, les Russes, les Prussiens, voire les émigrés italiens, c'était bien; il était mieux, l'essentiel était
i. Cavour à E. d'Azeglio, 21 mars et 1" avril 1836. :^. Bersezio, Il regno di Vittorio Emanuele 11, VII, p. 389, n» 4. o. Cavour à Lanza, 29 février; à Rattazzi, 12 avril 1856. Cpr. Minghetti, Miei Ricordi, III, p. 109.
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de gagner l'Empereur, et là gisait la difficulté. Car, « que voulait Napoléon » ?
La réponse était malaisée avec un homme au caractère si complexe et fuyant, et peut-être eût-il été embarrassé lui-môme à la donner; car, sur la question italienne, les idées, les tendances, les sentiments les plus divers se heurtaient en lui et s'y contredisaient ' : souvenirs de sa jeunesse, où avec son trère il avait pris une part personnelle au mouvement insurrectionnel en Italie ; respect du principe des nationalités, si cruellement violé en 1815; horreur des traités de Vienne, qui avaient détruit l'œuvre du grand Empereur, consacré le morcellement de la péninsule et accru outre mesure la puissance de l'Autriche ; devoir d'humanité, qui le portait à jouer le rôle de « redresseur des torts », et ils étaient éclatants de la Sicile aux Alpes ; mais aussi crainte de froisser le parti catholique et conservateur, sur lequel il s'appuyait, et qui lui aurait manqué au moindre tort porté à la souveraineté territoriale du pape ; reconnaissance envers l'Autriche, qui venait d'imposer la paix à la Russie ; désir de ménager la Russie, adversaire de toute révolution, voire de tout libéralisme, et favorable au tyran de xNaples, parce que ses ports pouvaient servir de base inappréciable à la flotte russe*.
Dans cet imbroglio, l'Empereur trouvait « très difficile de faire quelque chose », et à la fin de janvier il disait à La Marmorn : « Je ne vois d'autre solution qu'une confédération de tous les Etats italiens avec une diète comme celle de Francfort qui se tiendrait à Rome. On laisserait au Pape de la sorte tout son prestige et on l'entraînerait dans des reformes utiles %. Ce plan n'était point pour satisfaire Cavour,