‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 219 sur 247 · Cavour à Villamarina, 25 janvier 18j · texte numérisé non relu

Cavour à Villamarina, 25 janvier 18j

4. Les protocoles du Congrès de Paris ont été publiés dans le Moniteur universel des 30 avril et i" mai 1856. Nous les reproduisons d'après le recueil des Archives diplomatiques du comlcd'Angcherg, Le Traité de Paris du 30 mars 18^6 (1877).

AU CONGRES DE l'ARIS 371

qu'on en puisse croire, il n'y avait point \h d'ironie. Les pouvoirs de chacun vérifiés, les plénipotentiaires « s'engagèrent mutuellement à observer un secret absolu sur tout ce qui se passera dans la conférence^ ». L'on tomba d'accord pour considérer le protocole signé à Vienne le 1" février, comme îiyant la valeur de préliminaires de paix. Enfin, un armistice fut conclu entre les armées belligérantes, dur pour les Russes, à expiration du 31 mars. Et ainsi fut terminée la première des vingt-quatre séances du Congrès.

Tous les deux jours, chaque jour parfois, les plénipotentiaires se réunissaient, discutaient les questions les plus diverses, sur les principautés danubiennes, le régime du Danube, la neutralisation de la mer IVoire, le sort des populations chrétiennes de la Porte, tous sujets délicats, touchant aux intérêts contradictoires des belligérants et parfois des neutres, d'une solution difficile et mûre en conséquences lourdes pour l'avenir de l'Europe. Sous les lambris dorés, dans l'atmosphère tiède et paisible de la salle des conférences, entre ces hommes de bonne compagnie, la virulence des passions nationales se dissimulait sous des formes polies et raffinées, mais parfois une phrase éclatait, que le sage M. Benedetti s'empressait d'émousser, pour que, conservant sa signification, elle perdît sa tournure malséante.

Cavour écoutait, notait, retenait. Fidèle à la promesse faite •\ Gramont, se conformant aux recommandations adressées par Glarendon, il écoutait plus qu'il ne parlait, souriant, l'œil

1. L'engagement fut si bien respecté par le gouvernement français que môme les ambassadeurs ne furent pas « informés » : le duc de Gramont ne reçut point de renseignements officiels. Heureusement, Cavour tint avec E. d'Azeglio une correspondance confldentielle, publiée en 1885 par Bianchi, La politique du comte de Cavour, p. 102 et suiv.

2. Thonvenel, Pages de l'histoire du Second Empire, p. 241. (Excellent résumé du Congrès.)

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malin derrière le cristal des lunettes, quelquefois glissant à son voisin une observation narquoise et d'autant plus railleuse qu'elle s'adressait à l'action des Autrichiens. Il remarquait, avec son habituelle pénétration, lesnovations politiques qui s'opéraient à mesure que s'écoulaient les séances et que s'aggravait le choc des intérêts opposés : le conflit chaque jour plus net des Autrichiens et des Russes, les ménagements de la politique française envers le cabinet âo Pétersbourg, au contraire l'absence de détente entre les plénipotentiaires anglais et les envoyés du tzar. En bons termes lui-même avec tous, même (en apparence) avec Buol malgré les coups de griffe et les haines nationales, il amassait un riche butin d'observations, bonnes à exploiter quelque jour.

Sa réserve n'était point humilité : omettait-on d'inscrire le nom d'un représentant sarde sur la liste d'une commission ? l'intérêt de l'Italie semblait-il atteint indirectement par quelque proposition ? un billet de Gavour passait par le bon docteur Gonneau aux Tuileries, et le lendemain le comte Walewski remettait tout en état'. A trois ou quatre reprises, il prit aux débats une part directe et personnelle.

Parmi les graves questions soumises au Gongrès, l'une se signalait par son importance et ses difficultés: quelle organisation convenait-il de donner aux deux principautés de Moldavie et de Valachie ? Après de longs pourparlers hors séance, le comte Walewski était parvenu i\ rallier les plénipotentiaires anglais à l'opinion de .Xapoléon III, partagée d'ailleurs par les Husscis, et qui était de réunir les deux provinces en un seul Etat ; on savait (|ue la Turquie et l'Aulrich ■

1. Le comte Walewski n'y parvfnjiil point toujours, et maigre .ses obscivations fiiiles sur ica insiriiclion.s do l'lMn|)eretir. .M. de Biiol s'ojjposa .1 la repr«!scnlaliiin (te la Sanlaigne lians une commission d'enquête sur ii •; l'rinc.iftHuléfi.

étaient d'un avi^ contraire, redoutant qu'un Etal fort amoindrît la souveraineté de Tune, l'influence occulte de l'autre. La question vint à la 6" séance, le 8 mars ; le comte Buol fut très vif dans son opposition, « il Irisa un instant l'insolence ». Cavour ne manqua point d'attiser son courroux en prenant la parole ; il avait son opinion très nette ; ce serait, avait-il écrit deux jours auparavant, « un crime de lèse-civilisation » que de soutenir le statu quo et s'opposer aux désirs de la population qui voulait former une seule nation'. Il s'appuya donc sur le vœu populaire, « antérieur aux circonstances actuelles », pour soutenir le principe de la réunion des principautés. Le grand vizir Ali Pacha, devenu très rouge, déclara qu'il n'avait pas d'instructions de son gouvernement et il fallut renvoyer la décision à une autre séance ■. On y adopta alors une de ces formules de protocole, qui ménagent tout, sauf l'avenir, et, destinées à assurer la paix, préparent la guerre (articles 22 et suivants du traité) .

Même pointe de Cavour contre l'Autriche à propos de la libre navigation du Danube ; M. de Buol proposait de réserver « les droits acquis et les conventions existantes » ; avec une feinte candeur, le plénipotentiaire sarde lui demanda s'il entendait par là maintenir le monopole accordé à la Compagnie privilégiée des vapeurs danubiens ; l'Autrichien dut répondre affirmativement; et l'Anglais, alors, de jeter les hauts cris contre la rapacité autrichienne, accusant le gouvernement viennois de ne demander l'ouverture des bouches du Danube que pour obtenir le monopole de naviguer seul sur le fleuve. M. de Buol, fort embarrassé, annonça qu'il en référerait à sa Cour^.

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