Cavour à Cibrario, 4 et 12 mars
l'heure^ ». Pour engager la question italienne devant le Congrès, déjà il avait préparé une autre voie.
Très habilement, il avait pressenti que, sur Napoléon, les « vœux de la population » agiraient avec bien plus d'efficacité que les incitations d'un monarque personnellement intéressé. 11 connaissait à Bologne un groupe d'hommes intelligents, libéraux, point outranciers, mais indignés de la scandaleuse politique du Saint-Siège dans les Romagnes. Dès avant son départ de Turin, il dépêcha son ami Castelli au plus notoire d'entre eux, Minghetti. Ministre à Rome dans le premier cabinet laïque, capitaine dans l'armée piémontaise en 1848, Minghetti s'était retiré à Bologne, sa ville natale, vivant d'une existence studieuse, consacrée à des travaux d'économie politique et de philosophie sociale. CastelU, suspect à la police, arriva à Bologne sous prétexte d'y acheter des estampes et se présenta chez Minghetti avec une double demande de Cavour: de préparer un mémoire exposant l'état des provinces romaines et certifié par des personnes honorables, — de rejoindre à Paris le Président sarde, le tout d'urgence, parce que tel était dans le monde politique le désir de paix que le comte Camille se demandait si le Congrès aurait la patience de discuter longuement". Minghetti consulta quelques amis, et, assuré de leur concours, remit à Castelli une lettre où il exposait à Cavour ses idées sur la teneur du mémorandum à préparer et sur les réformes indispensables ^ Puis il rédigea son travail, démontrant la faiUite de toutes les promesses faites par le 1 ape, exposant en termes vifs et serrés l'état lamentable du pays, retardé en toutes choses, infesté de brigands, sans espé-
1. Cavour tx E. d'Azeglio, ;i4 ni;irs; an comte Arese, 28 mars 1856.