‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 23 sur 247 · Pepe, Histoire des Révolutions d'Italie, p · texte numérisé non relu

Pepe, Histoire des Révolutions d'Italie, p

i. Fils aîné du comte Gustave de Cavour, âgé de dix-neuf ans, et dont il a ét(^ plusieurs fois question dans le premier volume. Il était très lié avec son oncle Camille, lui avait écrit le 8 mai, du champ de bataille de Santa Lucia, une lettre très vivante et vibrante (Ghiala, Lettere di Cavour, t. I, Introd., p. ccLxxiii). Frappé à mort, il e.xpira, « le sourire sur les lèvres, en soldat et en chrétien. — La perte que nous avons faite est immense, écrivait Cavour a une parente, elle est surtout bien amère pour moi. qui

Les circonstances étaient mauvaises pour l'Autriche, elle le savait et négociait pour être frappée du moindre mal. Le gouvernement, réfugié à Innsbrûck, envoyait à Londres un plénipotentiaire extraordinaire, Hummelauer, avec deux mémoranda : il présenta le premier, qui promettait l'autonomie de la Lombardie etdela Vénétie, réunissait Parme et Plaisance à la Lombardie, Modène à la Toscane; Saint-James lui laissa entendre que c'était une plaisanterie ; alors il sortit son second mémorandum, qui donnait licence à la Lombardie de se constituer en Etat indépendant ou de s'unir à un autre État italien — lisez le Piémont ; la Vénétie restait dans l'empire d'Autriche, mais en province autonome ; « l'empereur ne peut renoncer à la Vénétie sans renoncer virtuellement au Tyrol italien », déclarait M. Hummelauer * par prophétie en avance de soixantedix ans. Lord Palmerston désirait mieux pour les Italiens. Le ministère Balbo voulait terre libre jusqu'à l'Adriatique.

L'heure était bonne pour l'Italie ; déjà les imaginations se montaient à Turin et à' 'Gênes. « Les Piémontais sont si heureux et si fiers aujourd'hui, écrivait l'envoyé de France, qu'ils nomment déjà Charles- Albert le souverain futur de toute l'Italie. A les entendre, les États de Naples, de Rome et de Florence seront sous peu de temps réunis sous le sceptre toutpuissant du roi de Piémont. Dans l'ivresse de ce premier

voyais revivre dans Auguste, sous une forme plus brillante et plus énergique, mes sentiments et mes opinions... Rien de bas, de vulgaire, n'était jamais entré dans son cœur. La mort nous l'a enlevé au moment où il réalisait toutes nos espérances, où il faisait connaître à tout le monde ce qu'il y avait de grand et de noble dans son âme. » (A M""» Revilliod de Sellon, juin 1848.) Le jeune héros avait légué à son oncle sa fortune personnelle, Camille refusa et ne conserva de celui qu'il aimait comme son enfant qu'un uniforme sanglant, troué déballes, qu'il conserva pieusement dans sa chambre haute de Santena, sur le parc où jadis jouait l'enfant. — La grand'mère de Cavour, la Marina, était morte le 15 avril 1848. La famille s'égrenait.

1 Note Hummelauer à lord Palmerston, Londres, 26 mai 1848.

succès ils oublient que les Autrichiens sont en Italie, à Vérone et à Mantoue '. » Les esprits froids, Cavour était un de ces rares, observaient qu'il fallait avancer et que a terrible serait la responsabilité », issue de l'inaction'. Carpe diem, a dit Horace. Mais pour cueillir, il faut une main, qui manquait.

L'heure de la fortune fut brève et le Piémont n'en sut profiter'. Au lieu de courir sus à Vérone, pour couper le quadrilatère si heureusement ébréché et contraindre Radetzki à rappeler de TEst ses bataillons qui harcelaient les contingents romains et vénétiens, Charles-Albert consacra des jours, des semaines, à concentrer ses troupes et à engager, « avec toutes les règles minutieuses de l'ancienne stratégie' », le siège de Mantoue. Il passa plus d'un mois devant cette forteresse.

Profitant de celte inertie, le vieux Radetzki rétablissait ses forces dans l'ItaUe orientale. Le général Durando avait traversé la plaine du Pô avec lo.OOO soldats des provinces romaines et s'était installé à Vicence, voulant ainsi protéger Venise en coupant la ligne de Vérone. Le maréchal autrichien, ramassant toutes ses troupes disponibles, se jeta sur la place alors qu'un renfort lui arrivait du Tyrol : après trois journées de rude combat*, Durando fut contraint de capituler, son

1. M. de Reiset à M. Bastide, 30 mai 1848. M. de Reiset a publié une partie de sa rorrespondance dans ses Souvenirs, t. I, Les débuis de l'indépendance Italienne ; nous citons ses dépêches d'après les originaux des Affaires étrangères.

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