‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 231 sur 247 · Gavour à Cibrario. 9 avril · texte numérisé non relu

Gavour à Cibrario. 9 avril

i. Glarendon à la Chambre des Lords, 17 février 1862 ; réplique de Berti à la Chambre italienne, 8 juillet 1862.

3. Les deux lettres ne sont pas identiques, mais le sens général est le môme.

après à La Marmora. Aux termes de ces lettres, le minisire sarde avait montré à l'anglais qu'il résultait nettement du Congrès que la diplomatie n'était point capable de modifier le système d'oppression et de violence de l'Autriche envers l'Italie. Le Piémont n'avait que deux partis à prendre : ou se réconcilier avec l'Autriche et le pape, et d'autres que Gavour le feraient ; ou se préparer à déclarer la guerre à l'Autriche dans un avenir peu éloigné, « une guerre terrible, une guerre ô mort, the war to the knife, la guerre jusqu'avec les couteaux ». Lord Clarendon se frottait furieusement le menton, mais ne montrait ni étonnement ni désapprobation ; après un moment de silence, il répliqua : « Je crois que vous avez raison, votre position devient bien difficile, je conçois qu'un éclat devienne inévitable; seulement, le moment d'en parler tout haut n'est pas encore venu ^ ». Cavour répondit qu'il y a des positions où il y a moins de danger dans un parti audacieux que dans un excès de prudence. Le Piémont est en état de commencer la guerre: « pour peu qu'elle dure, vous serez bien forcés de nous aider». Lord Clarendon répliqua avec vivacité : « Oh ! certainement, certainement, si vous êtes dans l'embarras, vous pouvez compter sur nous, et vous verrez avec quelle énergie nous viendrons à voire aide. » Et, son imagination aidant, Cavour annonçait qu'il allait se rendre à Londres, consulter lord Palmerston et les autres ministres : s'ils partageaient l'avis de Clarendon, il faudrait se préparer secrètement, emprunter 30 millions, adre.sser à l'Autriche un ultimatum; l'Empereur nous aidera... Et le tout était si fort que Cavour lui-même affirmaitàson collègue Cibrario « qu'il n'était pasatteint d'une fièvre cérébrale ou tombé dans un étal d'aliénation mentale ». Les versions des deux diplomates semblent contradictoires,

4. Variante dans la loltrc à Azoglio : * Vous avez parfaitement raison. Vous ne pouvez faire autrement; beuiemcnl, il ne faut pas le dire «.

mais, comme le remarque de La Rive, ' il n'est pas très difficile de les concilier. Clarendon parla six ans après cette conversation, une des très nombreuses qu'il eut avec Gavour pendant le Congrès ; il s'expliqua devant les Lords, si réservés dans leurs paroles, après la guerre d'Italie, où l'Angleterre ne joua aucun rôle actif. Cavour rédigea ses lettres au jour même et au lendemain de l'entretien, mais il était encore sous le coup de sa déception à la séance du 8, tout vibrant de fièvre patriotique, prêt à mettre dans la réalité ce que voulaient ses désirs. Ainsi mises au point, les deux versions se rapprochent, et, pour appuyer celle de Cavour, on peut ajouter qu'il s'activa de suite à la rédaction d'un dernier mémorandum, où, sous une forme diplomatique, se retrouvent les idées agitées avec Clarendon. Il ne perdra toute illusion qu'après son voyage à Londres".

Cependant le Congrès tirait à sa fin : le procès-verbal de la séance orageuse était approuvé le 14 avril sans observations, contrairement à l'espérance de Gavour, les plénipotentiaires autrichiens ayant dû s'y « résigner», confesse Hubner, pour éviter « de proclamer l'isolement de l'Autriche ». La déclaration sur le droit maritime en temps de guerre était adoptée. Le Congrès était désormais sans objet, il prit fin dans sa 24® séance, le 16 avril, au milieu de congratulations générales. Dans la chaleur communicative des derniers adieux, Gavour et Buol, malgré quelques aigres explications, se serrèrent aflectueusement les mains ^ Le 13, Cavour avait encore dîné chez le prince Napoléon, plus favorable que jamais à la cause italienne, en raison même de ce qu'il s'était dépensé pour elle. Et, le 15, il avait eu un ultime entretien avec l'Empereur : le

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