Cavour â La Marmora, 13 avril
en voiture, il rumina un discours qui fut d'une suprême habileté.
Durant l'absence du Président, l'opinion publique en Piémont avait passé par des alternatives variées '■ ; comme elle ignorait naturellement les secrètes mais habiles menées du ministre, elle était frappée surtout de son silence, de la petite place qu'il occupait dans la grande vie de Paris. La nouvelle de la paix, le 30 mars, fut accueillie à Turin « avec une indifférence qui avait tous les caractères du regret et du mécontentement..., conséquence logique des illusions et des espérances dont la presse a bercé depuis longtemps les peuples d'Italie" ». Mais vers le milieu d'avril, des lettres privées, arrivées de Paris, firent connaître qu'il s'était passé quelque chose au Congrès ; les dépêches de Cavour à ses collègues, pourtant peu enthousiastes, montraient que la question italienne y avait été posée ; puis il conta son entretien avec Clarendon et les confidences ghssèrent dans ces « milieux bien informés », partout les mêmes; Oldofredi, un des secrétaires du comte, fit quelques communications habiles aux journaux du Piémont ; le rôle de Cavour commença à paraître dans toute son ampleur, et lorsque lui-même parut à Turin, le 29 avril, il fut accueilli avec un enthousiasme que l'opportune publication des protocoles du Congrès, spécialement du procès-verbal de la séance du 8 avril, attisèrent jusqu'aux flammes.
Reçu au débotté par le roi, il fut embrassé, congratulé, décoré du collier de l'Annonciation ; le lendemain, lorsqu'il entra à la Chambre, la grande majorité des députés lui fit fête, et au milieu de l'attention générale, un des chefs du
1. Très bien exposées par Thayer, Life and Times of Cavour, I, p. 394 et 393.