M. de Buol au baron Hùbner à Paris, 19 mai
3. Circulaire autrichienne du 18 mai 1856. -t. M. de Serre à M. Walewski, 24 mai 1856.
demeura pantois, n'admettant pas « qu'on pût le traiter comme le plus petit chargé d'affaires du plus petit gouvernement allemand ». Buol ne se calma qu'après une dépêche très lénifiente de M. Walewski, et un entretien avec Dabormida, qui, passant à Vienne pour aller aux fêtes du couronnement à Pétersbourg, se rendit tout simplement à la Ballplatz et exposa avec tant de franchise son opinion sur les relations de leurs deux pays, que le chancelier autrichien lui demanda instamment de revenir de Russie par Vienne ^
La Russie, tout au contraire, ne marquait aucune irritation ; M. de Stackelberg, venu à Turin pour notifier Tavènement du tzar, multipliait les manifestations de sympathie. Le prince Gorlschakoff recommandait bien au délégué itahen : « Soyez prudents, ne vous montrez pas amis des révolutionnaires », mais, après même le discours du 6 mai et le connaissant, il déclarait « faire des vœux tout particuliers pour la prospérité du Piémont, pour lequel il avait de grandes sympathies ». Le tzar comptait sur l'amitié du roi de Sardaigne, « cette amitié qui a duré pendant si longtemps entre les deux dynasties », et promettait la sienne'".
En Prusse, les rancœurs d'Olmutz n'étaient point oubliées, et l'on y souriait avec indulgence à tout ce qui atteignait l'Autriche dans son orgueil et son avenir.
Toutes ces opinions étaient prévues ; mais que diraient les deux grandes alliées? là était pour le cabinet sarde la question intéressante. L'attitude des doux gouvernements rappelle la conduite de certains parents lorsqu'ils gourmandent sur un ton faussement indigné un enfant rétif mais chéri. Ils
1. Le général Dabormida à Gavour, 23 niai. M. de Serre i M. Walewski, 24 mai 1S56.
2. Dabormida à Gavour, 2'.» mai otjuin 1856. Gpr. les lettres de Dabormida h. La Mannora, dans M. Ucgii Alberli, Mleunza el campagna di Crimea, p. il'J el suiv.
regrettaient la publication de la note du 16 avril et quelques passages du discours du 6 mai. « M. de Cavour a fait beaucoup d'embarras, beaucoup trop », disait Walewski au représentant de la Toscane*. La réprimande officielle fut douce, très douce ; dans une dépêche à Gramont, le comte Walewski exposa les plaintes et les craintes du cabinet de Vienne. « Nous ne saurions supposer », ajouta-t-il, que le gouvernement sarde eût conçu la pensée de se livrer à une manifestation militaire contre le duché de Parme. « La Sardaigne a conquis, durant la dernière guerre, des titres nouveaux à la sympathie et à l'appui de la France, nous nous hâterions, le cas échéant, de lui en donner des témoignages non équivoques, et M. le comte de Cavour a dû quitter Paris avec la certitude que dans une cause juste et légitime, notre concours ne ferait pas défaut à son pays ; mais il n'est pas moins convaincu, nous ne saurions en douter, de la nécessité de toucher avec une extrême prudence aux questions que soulève l'état actuel de l'Itahe '. »
Lorsque le duc de Gramont lui eut développé ces sages recommandations, Cavour se rassura. Il garantit, en toute sincérité, qu'il n'avait jamais été question d'une démonstration sur la frontière parmesane, et, en revanche, se plaignit de la formation d'un camp autrichien sur le Tessin, menace contre la sécurité du Piémont. Tout en expliquant son discours du 6 mai sur la nécessité a d'empêcher les révolutionnaires d'allumer un incendie général », en ralliant « autour des pouvoirs réguliers et légitimes les hommes honnêtes et patriotes », il ne retira rien de ses paroles, et termina par ces importantes déclarations : « Il ne faut pas se méprendre sur la nature de