Bolton King, Histoire de l'unité italienne, I
3. Sur le gouvernement provisoire de Milan, vr>ir les excellentes études de M. A. Menti, secrétaire du Musée du Risorgimenlo à Milan, dans la Nuova Antologia, notamment La diplomazia di un governo provisorio, 53» année, fascicule 1121, 1918; cpr. Un Dramma fra gli esuli. Milan, 1920.
armée parmi les 60.000 Lombards qui avaient servi dans les régiments autrichiens, ni organiser les services de guerre, financiers, médicaux, de ravitaillement, ni se constituer luimôme ; à Milan, une émeute éclatait, la foule envahissait le Palais du gouvernement et contraignait le chef du pouvoir exécutif, Casati, à donner une démission qu'il reprit peu après; dans ce désordre, l'organisation, bien rudimentaire, du Piémont, semblait un idéal et un salut; le plébiscite, ouvert dans toute la Lombardie sur le sort de la province, donnait une majorité écrasante en faveur de la fusion immédiate avec le royaume de Sardaigne*, 561.000 signatures contre quelques centaines pour l'ajournement de la décision jusqu'à la fin de la guerre.
En Vénétie, la République avait été proclamée, mais que pouvait-elle faire dans son isolement, alors que trois provinces étaient occupées par les Autrichiens ? dès le début de juin, les autres provinces de terre, Trévise, Padoue, Vicence et Rovigo, avaient voté l'annexion au Piémont ; le mois de juin, en s'écoulant, ne fit qu'aggraver la situation de Venise; s'il restait un espoir de la sauver, c'était par l'union avec le royaume de Sardaigne et le concours delà France; Manin, chef énergique et de vue droite % tout ensemble adressa à la République française un appel désespéré, et engagea l'Assemblée législative à décider la fusion avec la Vénétie et la Lombardie; ainsi fit-elle par un vote presque unanime le 3 juillet.
Parme et Modène avaient réalisé cette union depuis plusieurs semaines; h l'extrôme sud de la Péninsule, l'Assemblée de Palermc demandait au duc de Gôncs, second fils
1. Mais cotte union ne devait se faire que stir les bases déterminées par une assemblée constituante élue au suffrage universel.
2. K La vie rie Mnnin a toutes les grandeurs, tous les héroïsmcs, tous les déboires, toutes les douleurs », a écrit M. Ilanotaux. Henri Martin (1885).
de Charles-Albert, de prendre la couronne de Sicile, — dans la pensée des Piémon tais pour n'être qu'un « préfet de son père » ; ainsi au début de juillet, le drapeau italien, levé par la maison de Savoie, flottait à Milan, à Parme, à Venise, à Palerme^ Mais, au même moment, la cruelle réalité perçait les illusions et tout homme de clair regard comprenait la gravité de l'heure, car les difficultés n'étaient point qu'aux armées. Entre ces villes d'antique réputation, laquelle l'emporterait? à Turin comme à Milan, « les esprits s'agitaient », chacune voulant devenir la capitale du nouveau royaume ; Gênes, par rivalité avec Turin qui avait profité de sa déchéance, se prononçait en faveur de Milan et « cette irritation ne faisait que retarder l'union des deux pays, remarquait avecjustesse M. de Reiset. A quoi bon discourir à l'avance sur des faits qui ne peuvent être légalement et législativement traités que lorsque l'Assemblée constituante sera réunie ^ »
Ici, en effet, se posait une nouvelle question : comment se constituerait le nouveau royaume ? plusieurs, à Turin, eussent voulu une simple extension de la monarchie sarde, les nouvelles provinces s'y adjoignant par la vertu du plébiscite et acceptant le Statuto sans modification^; mais le gouvernement provisoire de Milan réclamait la réunion d'une assemblée constituante qui statuerait sur l'organisation du grand royaume avec des modalités bien plus démocratiques que celles octroyées au seul Piémont en février 1848; pour les Lombards, d'ailleurs, la question était tranchée, car la fusion n'avait été votée que sous cette condition. Les Génois, les radicaux piémonlais mécontents du Statut, se ralliaient natu-
1. Qui avaient, remarque justement M. Oriani, La lotla poliiica in Italia, p. 436, abdiqué leur idéal en faveur de l'idée unitaire.