‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 27 sur 247 · Cavour dans le Hixurijimento du 2 juin iS · texte numérisé non relu

Cavour dans le Hixurijimento du 2 juin iS

blée le plus tôt possible et faire crédit aux députés qui représenteront la Haute Italie' ; tel était le thème du vigoureux optimiste .

Les débats ne durèrent qu'une dizaine de jours, et furent facilités par la maestria du rapporteur, un homme nouveau, Rattazzi; âgé de quarante ans, avocat du barreau de G asale, député d'Alexandrie, Urbain Rattazzi " avait, dans une parole sans grand éclat, tant de finesse et de dextérité qu'il amenait parfois même ses adversaires, non peut-être à voter, mais du moins à penser avec lui; dans le cours de leur commune carrière, il devait inévitablement se rencontrer avec Cavour ; les deux hommes se heurtèrent d'abord, différents d'idées comme de nature; puis, épris de raison et de réalité, ils rapprochèrent insensiblement leurs opinions et leurs desseins, non jusqu'à les fondre, du moins pour les unir dans une alliance, wt connubio, qui fut un bienfait pour leur pays. Dans ce début parlementaire, Rattazzi conduisit si habilement la discussion, dominant même les ministres, que le projet fut adopté avec quelques amendements, par 127 voix contre 7 seulement : la droite, même le marquis Costa, l'avaient voté « pour ne point paraître plus royalistes que le Roi ».

A ce moment précis, un nouveau député entrait à la Chambre : Cavour.

Des élections complémentaires étaient devenues nécessaires par suite de doubles nominations, d'invalidations, de décès; dès le 18 mai, Cavour avait annoncé qu'il se présenterait à Turin, puis d'autres collèges lui furent proposés, si bien qu'il se porta candidat dans quatre, Turin (1" circonscription), Iglesias (l'"), Monforte et Cigliano, et dans tous quatre fut élu

1. Articles du Risorgimento des 10, 22, 26 juin 1848. 5. M"»» Rattazzi, Rattazzi et son temps, t. I.

le 26 juin ; il opta pour le premier. Sa joie iut vive. « Me voilà politiquement réhabilité », écrivail-iP.

Le 30 juin, il était admis à prêter serment dans la grande salle du Palais Carignan où siégeait la Chambre", et s'installait sur un banc de droite, comme chez lui. Sauf de rares intermittences, il y devait rester jusqu'à sa mort; il était parlementaire en l'âme; tout l'intéressait, les débats en séance publique, les travaux préparatoires en commissions, les négociations dans les couloins ; assis à son banc de député ou de ministre, ses courtes jambes croisées, le regard pétillant derrière les lunettes, il suivait les discussions comme s'il s'en amusait, jouant avec un couteau à papier qu'il ne quittait que pour se frotter les mains d'un geste devenu célèbre, quand tout allait à son gré, ou se pincer le nez quand c'était moins bien ; avait-il à intervenir, il parlait comme il écrivait, sans brio, avec le désir de convaincre plutôt que de frapper, de suivre son raisonnement plus que d'être entraîné par la fougue oratoire, lançant parfois un trait malicieux que soulignait un sourire et un éclair du regard. Il eut quelque peine d'abord à parler en public, oblige de traduire en italien ce qu'il pensait en français : « Tels étaient ses solécismes, a-t-on écrit sans indulgence, que le mettre d'accord avec le dictionnaire de la langue italienne sera à tous une tâche impossible' ». Mais le bon sens, la finesse, le savoir, la dialectique s'imposaient, même avant que le succès lui assurât une incontestable autorité.

A peine entré dans la Chambre, il prit part à la discussion, avec l'imprudence d'un néophyte, se dispersant un peu sur

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