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Cavour à Emile de La Rue, 9 mars

3. Brofferio. loc. cil. , p. 45 Diego Soria, Histoire de l'Italie 1846-50. 1, p. 200.

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cris de « vive la République ». Cavour avait beau écrire, dans le Risorgimento du iO mars, un article plein d'optimisme, où il démontrait les avantages du statut, les progrès sur le régime de la veille, les espérances qu'on en pouvait avoir, et où il affirmait que « la Providence et Charles- Albert ont ouvert à la nation italienne — (oui, pas seulement au Piémont, à l'Italie entière) — une voie de progrès indéfini». On n'était point rassuré, car à l'extérieur, c'était bien pis : l'Italie entière bouillonnait, prête à éclater ; l'Angleterre, qu'on avait cru un sûr appui, suivait une politique expectante et Palmerston gourmandait le ministre de Piémont au moindre mouvement de troupes ; de la France, on ne savait ce qu'il fallait espérer ou craindre, un secours dans la tempête qui se préparait, ou une propagande républicaine, voire socialiste \ L'Autriche était hostile; bien qu'en lui notifiant la nouvelle constitution, Charles-Albert eût émis cette opinion assez paradoxale que l'adoption du régime parlementaire en Piémont devait affermir les liens d'amitié qui l'unissaient à la cour de Vienne, la Hofburg n'en croyait rien ; Radetzki préparait ses troupes en Lombardie et Vénétie. Ce que voyant, le ministre de la Guerre sarde appelait trois nouveaux contingents sous les drapeaux ; l'Autrichien redoublait ; un heurt d'avant-garde était à prévoir et chaque jour devenait plus dangereuse pour le Piémont, l'absence d'un gouvernement à forte initiative.

La constitution du cabinet se heurtait à de graves difficultés ■ ; dès le 6 mars, le roi Charles-Albert avait fait appel au comte de Balbo, qui s'imposait par ses écrits, la direction du principal journal constitutionnel, ses opinions sages et modérées. Mais Balbo était Piémontais, et par là môme

\. M. Dixio à M. de Lamartine. 31 mars 1848.

2. Passamonle, La formazion ee il programma del minislero Balbo, dans la Hasseqna slorica del Hviortjimcnlo. l'JU, [). 873.

éveillait les inquiétudes et les susceptibilités des Génois, de tendance plus avancée que les Turinois, ayant l'orgueil de leur passé et le sentiment de leur force. Il fallait leur faire une place importante dans le ministère, et Balbo demanda leur collaboration aux marquis Pareto et Ricci, chefs du parti national de la Ligurie ; mais, au dire même de Cavour, « ils mirent en avant des prétentions insoutenables /> ; ils demandaient la destruction des forts qui menaçaient Gênes, ou du moins leur remise au peuple; « ils se sont très mal conduits », écrivait nettement Camille à son correspondant de Gênes V Dix jours passèrent ainsi en négociations et tergiversations ; le pays vivait « dans une espèce d'anarchie tranquille », suivant l'expression pittoresque du représentant de la France ' ; la situation extérieure s'aggravait ; il fallait aboutir.

Le 16 mars, enfin, le cabinet fut constitué avec le comte Balbo à la Présidence du Conseil, les deux Génois Pareto aux Affaires étrangères et Ricci à l'Intérieur, deux membres de l'ancien cabinet, Revel et des Ambrois, assurant la continuité du pouvoir, deux partisans du Réveil national, Sclopis et Boncompagni, et un général, Franzini : tous honnêtes gens, a ni trop à droite ni trop à gauche », respectueux du roi et de la loi, d'ailleurs divisés en deux partis, Piémontais et Génois, manquant, les premiers surtout, de ces qualités que Cavour déclarait indispensables dans les circonstances du jour : « résolutions fortes, déterminations promptes, volonté énergique ». Il annonçait qu'il soutiendrait de toutes ses forces le ministère, le Risorgimento faisait campagne en sa faveur, mais dans une lettre où il annonçait à un ami qu'il a ne ferait point partie du ministère Balbo », il ajoutait : « Je ne pouvais

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