M. de Reiset à M. Bastide, 9 juillet
Le 24 juillet, le gros de l'armée autrichienne quitta Vérone pour heurter les Piémontais dans la région vallonnée qui avoisine le lac de Garde et porte les noms, rendus célèbres par tant de batailles, de Somma Campagna, Custozza, Villafranca ; le principal combat s'engagea à Custozza, et en prit le nom. Insouciants, les Sardes n'avaient point travaillé la terre, alors que les coteaux se prêtaient à de merveilleux retranchements; surpris, ils plièrent sous le choc, cédèrent du terrain, et la nuit tomba sur leur résistance. Le lendemain, des secours leur vinrent, du Nord les régiments qui surveillaient Vérone, du Sud ceux que Charles-Albert conduisait à l'attaque de Mantoue, et la grande bataille s'engagea. Mais les généraux italiens, mal commandés, recevant des ordres imprécis, sans liaison, ne combinaient point leurs efforts, et parfois les contrariaient ; la retraite dut commencer vers le soir ; chez les Autrichiens, au contraire, tout était net et ferme ; pendant que l'armée principale forçait ses adversaires à plier vers le Mincio, un corps important se glissait au Sud, traversait la rivière pour prendre Charles- Albert à revers. Dès lors la bataille était perdue pour les Italiens ; le 26, ils n'avaient plus qu'à traiter ou à reculer vivement s'ils ne foulaient être entourés.
Pour sauver son armée, Charles- Albert prit l'un et l'autre moyen : tout ensemble il ordonna la retraite et engagea les négociations avec Tennemi. Pendant qu'il retirait son armée vers Crémone, il sollicita de Radetzki une suspension d'armes ; trop malin pour refuser brutalement ou pour accepter l'interruption d'hostilités qui lui étaient favorables, le vieux maréchal répondit qu'il consentirait l'armistice, mais à condition que les Piémontais abandonnassent au sud du Pô les duchés do Parme et de Plaisance, au nord, la Lombardie jusqu'à l'Adda ; conditions humiliantes, proposées pour être déclinées,
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que Charles -Albert refusa. Et lorsque, quelques jours plus tard, le roi voulut réitérer sa demande et envoya au grand quartier autrichien, le ministre d'Angleterre, M. Abercromby, qui était accouru auprès de lui, — Radetzki écarta leurs propositions en disant (ju'il était trop tard alors que lui-même marchait sur Milan.
La retraite continua, sous un ciel de feu, de ces soldats mal entraînés, mal ravitaillés, dont beaucoup tombaient sur les talus, épuisés de faim, de soif et de fatigue.
A Turin, les illusions s'étaient prolongées ; le 26 juillet, on croyait encore à un « plein succès » ^ ; le lendemain, une estafette parvint au ministère ; on communiqua à la foule des nouvelles prudentes, voilées, mais elle ne s'y méprit; « il était clair pour tout le monde que Farmée piémontaise avait reçu un échec sur les bords du Mincio » ; le 28, on connut l'étendue du désastre, et la désolation régna dans la capitale, dans toutes les villes et campagnes à mesure que les nouvelles s'y propageaient.
C'était le moment où le nouveau ministère se constituait " ; les négociations s'étaient traînées pendant près de trois semaines, traversées d'intrigues et de rivalités ^ ; on chercha à coaliser tous les peuples de l'Italie septentrionale et sous la présidence de Casati, le podestat de Milan, le cabinet comprit quatre Piémontais, deux Génois*, deux Lombards, et un représentant de Plaisance, enfin Gioberti le plus ancien et le plus ardent défenseur de l'unité nationale. Mais que pouvait
1. D'après les dépêches journalières de M. de Reiset, Archives des Affaires étrangères.