‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 32 sur 247 · Cavour à Emile de La Rue, 12 juillet 1848, et suiv · texte numérisé non relu

Cavour à Emile de La Rue, 12 juillet 1848, et suiv

4. Dont le marquis Pareto, ministre des Affaires étrangères. Cavour n'entra point au ministère, ne voulant point, écrit-il, « s'associer avec Pareto..., un écervelé démagogue ».

Cavodr. — H. 4

le ministère dans celte débâcle ? A Turin, comme à Gênes, l'opinion publique s'énervait ; même Cavour sortait de son calme et à la Chambre lançait de tonitruantes interruptions ; les tribunes du Palais Carignan étaient envahies à grands cris, Cavour et Gioberti tentèrent de calmer les turbulents, il fallut doubler les postes, faire occuper les places de la ville par la Garde nationale, et les Assemblées, en comité secret, conférèrent à la couronne d'exceptionnels pouvoirs ; le Parlement se sépara le 2 août dans « l'épouvante et la consternation ».

Une seule espérance : l'intervention de la France et de l'Angleterre. Dès le 28, le gouvernement provisoire de Lombardie avait délégué un de ses membres auprès « du Président du gouvernement de la République française », et le 29 le cabinet sarde priait M. de Reiset de télégraphier à Paris « pour connaître les intentions du gouvernement de la République dans le cas où l'intervention française serait demandée officiellement ». M. de Reiset, caractère droit, honnête, ajoutait que « si la France intervenait, il fallait qu'elle le fit de suite, car plus on tardera et plus on aura de difficultés à vaincre cet ennemi qui de jour en jour devient plus fort' ». Mais le télégraphe ne partait que de Lyon, il était nécessaire de transporlerjusque-là les dépêches par cavalier, le temps pressait, le gouvernement décida d'envoyer à Paris un de ses membres, M. Ricci; en même temps, M. Abercromby dépêchait un courrier à Londres pour solliciter l'intervention anglaise. Rien des jours devaient s'écouler en voyages ; l'ennemi n'attendait point.

La retraite était désastreuse, l'armée piémon taise fondait dans des combats d'arrière-garde et sous l'ardeur du soleil;

1. Ce récit d'après les dépêches de M. Reiset. Archives des Affaires étrangères.

rien n'avait été disposé pour préparer des tranchées ou des points de résistance ; des rivières comme l'Oglio ou TAdda furent franchies sans qu'on pût s'en servir comme de lignes d'appui. Le 3 août, Charles- Albert arrivait à Milan ; il n'avait point voulu y passer, au début de la guerre, pour n'y entrer que vainqueur ; il y venait en vaincu, et dans l'espoir de protéger la capitale lombarde contre l'invasion autrichienne. Le lendemain, le combat s'engageait à la Porta Romana qui donne entrée au sud-est de la ville, mais rapidement il apparut qu'il n'y avait point de lutte possible entre les Italiens, découragés par la défaite, et les Autrichiens, surexcités par la victoire; les Piémontais commencèrent à refluer dans Milan, qui se couvrait de barricades. Charles- Albert décida d'envoyer à Radetzki deux de ses généraux pour traiter de la reddition de la ville, et pria M. de Reiset de les accompagner, qui, galant homme, était venu à Milan pour sauvegarder ses compatriotes et apporter sa sympathie à l'infortune ^ Le maréchal exigea une capitulation dans les vingt-quatre heures, accordant ce délai pour permettre, à qui voudrait, de quitter Milan, etgarantissant la ville de tout pillage et incendie ; les généraux italiens signèrent, sans forces pour refuser.

Lorsque le peuple de Milan apprit que TAutrichien détesté allait rentrer en vainqueur, sa colère s'éleva, aveugle et brutale, contre celui qu'il tenait pour responsable du désastre et de son malheur ; le palais Greppi, où s'était retiré le roi, fut assiégé aux cris de : « trahison, infamie » ; Charles- Albert, calme, parut au balcon, quelques fusils s'abaissèrent braqués sur lui, il les regarda, nulle balle ne fut tirée : enfin une compagnie de bersagliers parvint à délivrer son roi ; le 5 au matin, il quittait la ville; peu d'heures après, les te.deschi y entraient, en parade.

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