‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 37 sur 247 · Supra, p · texte numérisé non relu

Supra, p

que les accueillir avec une triste reconnaissance. En son nom, M. de Revel, « ministre des Finances, de service auprès du Roi », accepta la médiation ainsi formulée.

En réalité, M. de Revel n'était point encore ministre quand il avait reçu les deux diplomates, et, s'il avait agi « en sujet fidèle et en bon citoyen », il avait passé « un acte inconstitutionnel* », car il n'y avait plus de cabinet.

Au lendemain de l'armistice, le ministère s'était disloqué : ses membres avaient protesté contre le traité passé avec le maréchal Radetzki, cherchant une subtile distinction entre les clauses militaires, qu'ils acceptaient, et les stipulations politiques, qu'ils entendaient répudier; et sur ce, ils avaient donné leur démission. Le roi avait chargé Revel de former le nouveau cabinet, le priant de s'entendre avec Gioberti pour qu'il en fût membre : les deux hommes ne s'étaient pas accordés ; le parti démocrate avait délégué à Alexandrie l'un des siens, qui y fut mal reçu ; sous l'influence de Pareto, nul Génois n'acceptait de prendre part au nouveau gouvernement. « Ah! les gueux », s'exclamait Ciavour derechef. Et pendant près de deux semaines, le royaume eut deux ministères, l'un officiel, qui était démissionnaire, l'autre officieux, qui n'était pas encore formé, mais traitait néanmoins avec les puissances étrangères.

Le 20 août, enfin, le cabinet put se constituer : son président était le marquis Alfieri, dont l'arrivée au pouvoir, en 1844, avait marqué une évolution de la politique royale et qui avait insisté en février 1848 pour l'octroi du Slatuto". D'ailleurs il fui remplacé, dès octobre, par le ministre des Aiïiiires étrangères, le général Pcrrone di Stm Marlino, bien connu ù Paris, où, sous le nom de général Perron, il avait été

i. Bianchi, Storia documentala, 11, p. 3i4. t. Supra, l. I, p. 3*7.

ENTRE DEUX GUERRES (1848-1849) 6t

aide de camp du maréchal Gérard, choisi « parce que demifrançais^ » et pour obtenir l'intervention effective de la République; les deux hommes d'action étaient le ministre de l'Intérieur, Pinelli, et le ministre des Finances, Revel, collègue d'Alfieri dans le dernier cabinet de la monarchie absolue ^ Ce ministère rompait nettement par sa composition avec le précédent : il ne comprenait que des Piémontais, aucun Lombard, Vénitien ou habitant des duchés, aucun Génois, même, car la « fraction » s'en était spontanément exclue, et le gouvernement prétendait se soustraire à son influence ; les ministres étaient tous du même parti, de la droite constitutionnelle, donnant par là même à l'ensemble un caractère « un peu grand seigneur et un peu conservateur' ». Cavour le trouvait ainsi, regrettant qu'on n'eût pu donner au cabinet une base plus large ; mais lui-même, à cette époque, n'avait guère l'esprit démocratique, et il engagea pour la défense de ses amis une vive campagne dans le Risorgimento*. Les ministres du 20 août étaient (et ce fut une heureuse fortune pour le Piémont) des hommes loyaux, qui n'acceptaient de sacrifier ni l'honneur de l'itahe, ni les intérêts du Prince, qui comprenaient que, pour reprendre un jour la guerre, il fallait refaire les forces du pays, dans la concorde et non dans la dissolution, et, qui, par leur action droite et honnête, sauvèrent le statut, que compromettaient gravement les deux partis extrêmes ^

1. M. de Bois le Comte à M. Bastide, 20 août 1848. L'éducation du général Perron était si française, qu'il prononçait ses discours au Parlement sarde en français. Il fut tué à la bataille de Novare.

2. Le bruit circulait que Cavour avait refusé de faire partie de la combinaison. M. de Bois le Comte à M. Bastide, 29 septembre 1848. En réalité, nul ne le lui proposa.

3. M. de Bois le Comte à M. Bastide, 20. 22, 24, 25 août 1848.

4. Campagne résumée par M. Chiala, dans l'introduction du tome V des Letlere di Cavour, p. 324 et suiv.

Page 1