‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 38 sur 247 · Masi, Il Risorgimento, II, p · texte numérisé non relu

Masi, Il Risorgimento, II, p

Le nouveau cabinet eut de rudes débuts, car s'il n'avait point à batailler à la Chambre, le Parlement étant prorogé depuis le début d'août, il devait se défendre contre les violentes attaques de ses adversaires dans les journaux et dans les réunions publiques. Brofferio, chef du parti démocratique, multipliait ses virulentes critiques dans la Concordia, auxquelles Cavour répliquait dans le Risorgimento, devenu organe ministériel, sinon officieux. Mais surtout les ministres trouvaient un impitoyable censeur dans un incontestable patriote, Gioberti.

Passé en quelques mois de l'exil au rôle de missionnaire national, puis au ministère piémontais, Tabbé Gioberti était resté le splendide râveur du Primato^, ne se piquant pas de logique, ne craignant pas les contradictions, parfaitement impratique d'ailleurs, et quelque peu grisé par la fortune. Cavour le connaissait bien, car l'abbé avait jadis fréquenté la maison du marquis Michel, du temps qu'elle était libérale ; tous deux avaient plusieurs pensées communes, l'indépendance de l'Italie, la haine de l'Autriche ; mais ils différaient, à ce moment, et totalement, sur le mode de réaliser leurs desseins; Gioberti tout en grandes phrases, en généreux projets, mais demeuré prédicateur, et, au fond, gardant le tempérament autoritaire du prêtre ; l'autre, liomme pratique, voyant moins haut mais plus net, en réalité plus attaché que le premier au principe de liberté et n'admettant point Pautorité suprême du pape. Pour l'heure, les deux anciens amis étaient de violents adversaires.

Parti (le Turin i\ la chute du ministère Casati, dont il était membre, Gioberti lit une rentrée bruyante dans la capitale

1. Supra. I, p. 240 et suiv. Sur la vie et les écrits du noble penseur, on ajoutera deux ouvrages récents et excellents : Anzilotti, Gioberti, Florence, lî»2i, et .Men/ici, l'a;/ine scelle e inédite di V. Gioberti, Turin, i'Jii.

à la fin du mois, et prononça au cercle politique un retentissant discours, attaque directe contre le ministère ; couvert d'applaudissements, il remercia le public, et, à la demande unanime, èma sa péroraison ; acclamations, enthousiasme; l'Italie était sauvée. 11 n'était brocards dont Gavour ne couvrît ces manières : « opposition factieuse, démagogue effréné, c'est déplorable » ; et un ami de Gioberti étant venu collecter des signatures pour une pétition contre le cabinet dans la compagnie de la garde nationale dont Gavour était capitaine, celui-ci mit le <( factieux » à la porte du corps de garde. « Gela m'a valu une dénonciation furibonde au cercle politique, écrivait-il, dont je me bats l'œil'. »

Gependant le ministère se mettait à son œuvre, qui était grande et difficile. Gar il voulait « à l'intérieur l'ordre et la liberté, choses inséparables l'une de l'autre, si on ne veut pas tomber dansl'anarchieou dans le despotisme », àFextérieurprofiler « des offres bienveillantes de l'Angleterre et de la France. . . Mais si l'Autriche persistait à vouloir des conditions autres que celles qui lui sont proposées, la guerre recommencerait avec le concours de nos alliés et avec toute l'ardeur qu'exciterait une cause si juste- ».

Pour une telle politique, il fallait de bonnes finances et une forte armée. Le Trésor était épuisé : la guerre avait dissipé ses réserves, dépensé par avance ses ressources; pour le renflouer, il fallait recourir aux grands moyens, et Revel avait préparé un plan financier, allant jusqu'à l'emprunt forcé, que Gavour acceptait au comité consultatif des finances (où l'avait appelé la confiance de Revel) et défendait fortement dans ses articles, dans sa correspondance avec ses amis de

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